On va donc quand même se trémousser. Après diverses tergiversations, le Bundestag a approuvé le “monument de l’unité” devant le “château de Berlin”, qui doit également être entouré de guillemets. Après avoir visité le faux château et fait un voyage dans le temps jusqu’à un 19e siècle fantasmé, les touristes berlinois pourront donc se balancer jusqu’à la fin des années 80 à Berlin-Est. C’est un peu l’idée.
En principe, il est toujours bon qu’un long débat sur l’architecture prenne fin et que des travaux soient réalisés. C’est ce que j’ai fait pour le château, après m’être disputé avec mon père pendant de nombreuses années. Je pense toujours que ce projet est une absurdité, mais je me résigne maintenant et me dis : allez-y. C’est un peu ce qui va se passer avec la bascule. Et pourtant, c’est le bon moment pour se demander à quoi sert cette chose ?
Tout d’abord, a-t-on besoin d’un “monument à l’unité” ? C’est-à-dire un lieu architectural symbolique qui rappelle la révolution pacifique par sa symbolique spatiale ? Je pense que l’on peut tout à fait le légitimer. La chute du mur a été un événement historique, et un événement qui risque de tomber dans l’oubli dans le Berlin d’aujourd’hui, avec son mur qui disparaît de plus en plus. Ce serait justement restreindre l’interprétation de l’histoire que de réduire la symbolique spatiale liée au tournant dans la ville aux offres de divertissement autour de Checkpoint Charlie. Un peu de sérieux fait du bien ici.
Mais pas trop non plus, s’exclameront les fans de la Wippe en soulignant le caractère ludique du projet de Milla & Partner. Et je ne vais pas tomber dans le piège de critiquer cela. Non, une certaine nonchalance fait du bien à l’architecture et même à l’architecture travaillant avec des thèmes historiques. La culture de la commémoration, en particulier, souffre parfois d’un je-sais-tout moralisateur.
Non, mon problème avec la bascule est autre. C’est précisément son unidimensionnalité sérieuse et laborieuse. Elle fournit des symboles univoques. La bascule, la recherche de l’équilibre entre l’Est et l’Ouest. Deux côtés, donc. Bien sûr. Tout cela est une métaphore de la statique. Ici, rien ne change, aucune impression encombrante n’est proposée. Ici, on n’éveille pas non plus de sentiments spatiaux de malaise, comme ceux produits par le mémorial de l’Holocauste de Peter Eisenman. Ici, l’architecture offre une possibilité d’interprétation si claire que la fonction de base d’un monument, qui est d’inciter à s’arrêter et à réfléchir, n’est pas remplie ici. Selon moi, la bascule n’est pas trop sérieuse, mais trop peu complexe.
En ce sens, elle constitue également un exemple d’échec spécifique à Berlin. L’initiateur du projet, Florian Mausbach, écrit dans une circulaire joyeuse qui vient d’être envoyée : “Un truc aussi fou, un monument qui bouge, qui est bougé, ça n’existe qu’à Berlin !” C’est précisément ce genre de folie pseudo-ludique de secrétaire qui, d’une part, devrait brièvement enchanter les touristes berlinois de Rottach-Egern ou de Wanne-Eickel. Mais en fin de compte, elle n’a rien à voir avec la fascination de Berlin. Le Berlin d’aujourd’hui, qui n’est pas seulement né historiquement de la révolution de 1989, mais aussi de l’esprit de ce mouvement, ce Berlin-là ne se retrouve pas dans la bascule.
