21.01.2026

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Villes nouvelles chinoises IV – Anting New Town

L'Allemagne, championne du monde de football, dans une prairie au Schimmel Music Cloister

Dans le quatrième article de notre série en cinq parties sur les villes planifiées en Chine, Dieter Hassenpflug se penche sur la ville nouvelle de Shanghai conçue par AS+P sous la devise “Anting Reloaded”. Il y a quelque temps, Anting était encore un sujet très remarqué dans les pages du journal consacrées à la Chine, mais il s’est fait discret ces dernières années. Il est temps de revenir sur ce sujet, de jeter un nouveau regard sur cette ville dont la construction est désormais achevée.

Depuis quelques années déjà, l’engouement des médias allemands pour la ville allemande d’Anting semble être largement retombé. Il semble que tout l’essentiel ait été dit sur ce projet urbanistique spectaculaire. Les raisons de la persistance des logements vacants, des défauts de qualité visibles partout ont été abordées, tout comme la viabilité de la cité. Hormis quelques rares exceptions, où il a été question d’incompétence et de corruption de la part des promoteurs chinois ou de particularités culturelles des habitants chinois potentiels (“superstition”), le feuilleton semble s’être largement accordé sur les causes suivantes de la vacance dramatique des logements : Des liaisons efficaces avec le réseau de transports publics feraient défaut, la construction de jardins d’enfants et d’écoles aurait subi des retards considérables, une mauvaise exécution partielle des travaux (fenêtres qui tombent en s’ouvrant, rampes d’escalier rouillées, etc.) aurait porté atteinte à l’image de marque et enfin, les prix des logements ‘ne seraient pas de mauvais parents’. Tout cela a entravé le peuplement rapide de cette nouvelle ville pourtant attrayante. Mais comme il est possible de remédier à ces dysfonctionnements et que la force régulatrice du marché du logement contribuera à activer l’immigration, ce n’est qu’une question de temps avant que les gens ne se laissent convaincre par les avantages de la ville allemande avec ses maisons colorées, ses allées vertes, son centre spacieux et surtout par le confort des techniques climatiques et thermiques mises en œuvre (centrale de cogénération, vitrage multiple, isolation des bâtiments, chauffage central, capteurs solaires, panneaux solaires, etc.

Et lorsque, ce qui n’est pas si fréquent, les souhaits et les idées spécifiques des clients chinois ont été pris en compte, on s’est parfois encouragé en espérant que les Chinois “s’habitueraient” aux particularités spatiales et esthétiques de la ville allemande. A cela s’ajoute le fait qu’Anting est une ville particulière, une ville planifiée qui offre un potentiel considérable de possibilités de distinction pour des citoyens sûrs d’eux. Pourtant, ce n’est que récemment, en avril 2018, que l’un des architectes responsables de la maison AS+P a annoncé qu’Anting pourrait devenir un “joyau” aux portes de Shanghai, maintenant que les voies de communication et les infrastructures publiques sont en place.¹ On peut toutefois se demander si cet optimisme est justifié et s’il peut être étayé par des faits. Le fait est qu’au printemps 2016, seuls 20 % des appartements de la première phase de construction avaient été vendus, un chiffre exceptionnellement bas pour la Chine. De plus, comme nous le décrirons en détail plus loin, Anting Neustadt est encore loin d’être une ville fonctionnelle. En témoignent les fenêtres ‘aveugles’, vides et poussiéreuses de nombreux commerces et appartements vides dans la première phase de construction, ainsi que l’absence pesante de personnes dans les rues et sur les places de cet espace urbain chinois par ailleurs si dense et grouillant. Pourtant, les liaisons avec le système de transport public, y compris le métro (depuis 2014), sont désormais très bonnes, les écoles et les jardins d’enfants sont disponibles dans les environs, les commerces sont à portée de main et même les prix des logements sont modérés pour les standards shanghaiens.

Mais pourquoi Anting ne fonctionne-t-il toujours pas comme un quartier chinois normal, malgré l’infrastructure performante dont il dispose désormais ? Et pourquoi n’y a-t-il toujours pas d’espoir d’amélioration durable ? La raison la plus importante est, selon mon hypothèse, le manque flagrant de compétence interculturelle qui se manifeste dans le plan directeur de la nouvelle ville d’Anting. Celui-ci a projeté les habitudes de vie, les exigences spatiales, les points de vue et les critères d’évaluation allemands dans un pays qui matérialise dans ses villes des habitudes de vie, des exigences spatiales, des points de vue et des critères d’évaluation complètement différents. La vision projective ne peut toutefois reconnaître que ce qui lui est déjà connu et familier. Ce n’est pas un hasard si l’on lit dans les rapports occidentaux qu’il s’agit d’une “perle”, d’une “belle” ou encore d’une “ville attrayante” dont il est difficile de résister au charme. Dans ce contexte, il est d’autant plus mystérieux que peu de gens s’y installent et que la ville menace peu à peu de tomber en désuétude. Mais il en va ainsi de la projection : elle ne peut pas comprendre son objet. Elle le remplace par des réalités souhaitées. L’optimisme évoqué quant à l’avenir d’Anting semble donc aussi compréhensible qu’infondé.

Copie du monument Goethe-Schiller de Weimar (2007)

Entre-temps, les espoirs s’accrochent également aux tranches de construction libérées depuis 2014 dans la partie est de la zone de planification. Une maquette de la ville exposée en 2007 dans le pavillon de vente d’Anting montre que la deuxième partie de la ville nouvelle suit en grande partie les directives urbanistiques de la première phase de construction, Anting devant ainsi être complétée en tant que “ville allemande”. On reconnaît de nombreuses structures d’îlots, une continuation des tracés de rues courbes, une densité et une hauteur de construction largement identiques. Les rez-de-chaussée de couleur et de construction différentes indiquent que le concept européen de construction ouverte et à usage mixte doit également être mis en œuvre dans les zones centrales.

Le fait que la deuxième partie de la Neustadt ne prévoie pas de centre propre montre qu’à l’époque, on pensait encore à une unité structurelle de construction. Cette partie s’oriente plutôt vers la fiction de la place de marché européenne prévue dans la première phase de construction. De plus, au moment de la réalisation de la première phase, une grande partie de l’infrastructure souterraine (approvisionnement en eau, évacuation des eaux usées, électricité, énergie, câbles, etc. Il va de soi qu’il existe une relation spatiale entre la structure de base européenne ou allemande de la deuxième phase de construction et le tracé des tuyaux et des câbles. Ce tracé est toutefois plutôt inadapté à une ville chinoise et nécessite donc des mesures d’adaptation complexes lors du passage à une structure de base chinoise. Et cette adaptation a effectivement eu lieu. Elle a été mise en œuvre lorsqu’il est devenu évident qu’Anting Neustadt risquait de devenir une ‘ville fantôme’.

Espaces commerciaux au rez-de-chaussée d'immeubles d'habitation
Vue du centre sur la deuxième phase de construction

1 Voir l’article du Thüringer Landeszeitung (TLZ) du 14 avril 2018 : “German Town : Von der Geisterstadt zum Juwel vor Shanghai Toren”.

Dans le prochain et dernier article de la série sur les villes planifiées en Chine du blog de Baumeister, Dieter Hassenpflug se penche de manière critique sur la ville-refuge de Lingang à Shanghai-Pudong, conçue par GMP et encore en construction, sous le titre “Idealstadt Lingang”.

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