15.01.2026

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Une nouvelle couche de temps

La Valette a eu de la chance. Comme partout ailleurs, les bâtisseurs de fortifications de la Renaissance au classicisme avaient construit en retard sur la technique des armes, les fortifications ont fini par atteindre des dimensions absurdes, occupant finalement des surfaces et des masses de construction plus importantes que les zones protégées elles-mêmes. Dépassées sur le plan politique et de la technique d’armement, elles faisaient obstacle au développement tumultueux de la ville et ont presque toutes été démantelées au XIXe siècle. Ce n’est pas le cas de La Valette : la capitale maltaise se targue d’avoir conservé les plus grandes fortifications d’Europe.

Mais La Valette a aussi joué de malchance. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en tant que base britannique en 1942, elle a été la cible de violents bombardements de la part des puissances de l’Axe et une grande partie de la vieille ville a été réduite en cendres. La reconstruction s’est faite en s’inspirant des formes anciennes et a permis une régénération étonnamment harmonieuse du paysage urbain.

L’Opéra royal de 1866 est cependant resté en ruines, même lorsque la place de la porte de la ville a été réorganisée en 1964 à l’occasion de la séparation de Malte de la Grande-Bretagne. Les surfaces devant l’opéra et à l’intérieur des ruines ont été utilisées comme parking – dans l’ensemble, il s’agit donc d’un prélude urbanistique peu attrayant du patrimoine culturel mondial de La Valette. C’est ainsi que Renzo Piano l’a trouvé lorsqu’il a entrepris le projet d’une nouvelle porte de la ville en collaboration avec le bureau d’architectes local Architecture Project, qui s’y connaît en matière de protection du patrimoine local.

Tout d’abord, il fait démolir tous les élargissements ultérieurs du pont et fait ressortir la construction d’origine de 1633, sans retoucher les débuts des annexes, mais en les laissant visibles. Il insère la dernière travée, à l’origine un pont-levis, de manière démonstrative sous forme de construction en bois. Ensuite, Piano élimine la porte de 1964 et crée une situation de porte étroite comme auparavant, en rapprochant les murs des deux côtés et en les complétant par un étroit passage de la largeur du pont. Les murs ajoutés en bloc de part et d’autre du passage ne sont pas une reconstruction du mur grossier de la forteresse, mais une nouvelle construction lisse et évidente d’un volume pur, non pas pour retrouver l’image historique de la ville, mais un rapport topologique à l’espace orienté sur l’histoire. Une tour d’ascenseur à côté de la porte crée la liaison vers le fossé du palais. Une fois la porte franchie, l’espace s’élargit pour former une place nouvellement formulée. Tout droit, l’axe de la magistrale de Valletta : elle constitue l’épine dorsale de la ville.

Piano a divisé la masse du Parlement en deux corps de bâtiment afin d’obtenir une liaison visuelle et piétonne diagonale. Des passerelles relient l’aile des bureaux et le bâtiment de l’hémicycle. Les façades des fenêtres se trouvent derrière la façade en pierre, derrière des ouvertures qui soufflent sur la façade comme une sorte de perforation en motifs irréguliers. L’inspiration des architectes est venue des motifs d’altération étranges du grès local très tendre, que l’on peut notamment observer sur les murs de la forteresse.

Avec beaucoup de sensibilité, Renzo Piano a réussi à fermer et à guérir la blessure urbanistique sans reconstruire les formes historiques. En réinterprétant la place et en lui donnant une nouvelle signification avec le bâtiment du Parlement, il a sublimé la situation de la porte et fait ainsi parler à nouveau le lieu historique.

Photos : Michael Denancé

Plus d’informations dans le Baumeister 6/2015

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