Seuls 9 % des personnes interrogées estiment que les rues, les places et les bâtiments attrayants sont importants (voir la rectification à la fin du texte), révèle un sondage Forsa réalisé pour le compte de la Fondation fédérale pour la culture du bâtiment. La culture du bâti est-elle un problème de luxe ? Pas du tout. Augmenter la qualité de l’habitat, faire de l’espace public et des mesures d’infrastructure les pivots de la transformation écologique et mieux gérer les processus de planification, tel est l’avenir de la ville, affirme la fondation, qui a organisé trois ateliers de culture du bâti dans ce but. Trois samedis de janvier, mars et mai, 300 à 400 participants se sont réunis dans l’aura de l’Académie des arts de Berlin-Ouest, un exemple de culture architecturale par excellence.
Photo : Julien Lanoo
Des exemples de bonnes pratiques ont fourni des études de cas remarquables : par exemple, comment le quartier de Wilhelmsburg à Hambourg est devenu un quartier neutre en CO2 grâce à la dernière IBA ou comment le Gleisdreieckpark de Berlin, un projet de reconversion autrefois controversé, est devenu le parc de quartier le plus apprécié grâce à son langage paysager. De même, quelle charge de plusieurs millions de dollars même un consortium international d’ingénieurs comme schlaich bergermann und partner doit assumer avant que des maîtres d’ouvrage puissants comme la Deutsche Bahn ne s’engagent dans une nouvelle architecture de pont, meilleure du point de vue de l’esthétique du paysage et, de surcroît, innovante du point de vue des procédés. Belle fin heureuse dans ce cas, le pont Gänsebachtal près de Weimar a remporté le prix allemand de la construction de ponts 2013.
Les experts n’ont pas eu le droit de parler de ce projet et d’autres “projets d’ancrage” plus longtemps que prévu. Pourtant, aussi excellents soient-ils, ces exemples ne déterminent guère le visage de nos villes. D’où les efforts déployés, la chorégraphie soignée des manifestations, la coopération avec les associations. Reiner Nagel et Kristien Ring, responsables du développement du programme avec leur équipe, veulent atteindre un niveau de lobbying plus intense, cette année en se concentrant sur la ville, l’année prochaine sur l’espace rural. Une offensive de qualité qui doit pénétrer dans l’esprit des députés du Bundestag. Le rapport sur la culture du bâti en cours d’élaboration sera, là aussi, une nouveauté, un modèle pour le Parlement et le gouvernement fédéral. Et Nagel veut gagner deux à trois millions de membres de soutien, ce n’est qu’alors que l’importance du thème deviendra pertinente pour la chancelière, estime Nagel (voir rectification à la fin du texte). Un objectif ambitieux au vu des 750 promoteurs actuels.
L’accès aux infrastructures est également ambitieux. Les infrastructures urbaines constituent un volume d’investissement considérable, piloté en grande partie par les pouvoirs publics. Les utiliser également comme élément d’aménagement, comme une chance importante de la ville durable, c’est ce qu’a demandé le deuxième atelier “Espace public et infrastructure”. Par exemple, se baigner dans la Spree berlinoise comme vision tangible : l’ingénieur environnemental Ralf Steeg a développé une solution simple avec des réservoirs d’eau flottants pour stocker temporairement l’eau sale excédentaire des canalisations au lieu de la rejeter dans le fleuve. Un jardin-café sur la plateforme, et voilà un exemple parfait d’aménagement urbain “intégré”, transposable dans le monde entier. Depuis 2012, une installation test se trouve devant le port Est – sans café, et seulement avec la tolérance grinçante du propriétaire Behala, la Berliner Hafen- und Lagerhausgesellschaft mbH. Celle-ci s’inquiète de l’attractivité du terrain du Filet, où des appartements en copropriété de qualité pourraient être construits. Là, trop de publicité ne va pas avec le style de vie.
L’atelier III “Culture de planification et qualité des processus” a pris comme point de départ les scandales de construction connus. Qu’il s’agisse de l’Elbphilharmonie ou de l’aéroport BER de Berlin, la soif de cathédrales architecturales conduit à mal aborder tous les éléments du processus, a critiqué Reiner Nagel. Certes, aucun des experts présents n’a été en mesure de répondre au critique architectural Falk Jaeger sur la manière de désigner des conseils de surveillance avec plus de compétence. En revanche, la forte planification communale de l’urbanisme et de la construction à Wolfsburg ou le déroulement minutieusement composé de la planification du musée Mercedes Benz à Stuttgart ont montré qu’une plus grande importance accordée à la phase zéro, la phase précédant la conception, la construction ou la participation, permettait d’éviter de nombreux problèmes. Il ne reste plus qu’à espérer, avec Philipp Sattler, architecte paysagiste et deuxième président du groupe régional DGGL de Berlin-Brandebourg, que le rapport fédéral sur la construction “ne se contente pas de documenter, mais devienne une base de réflexion pour le ministère fédéral de la construction”.
Ce texte est paru dans Garten + Landschaft 7/2014, page 6. Rectification : selon un sondage Forsa, neuf pour cent des Allemands considèrent que les rues, places et bâtiments aménagés de manière attrayante sont “très importants”, et pour 49 pour cent, ils sont “importants”. Gagner deux à trois millions de membres de soutien pour la Fondation fédérale n’est pas un objectif déclaré, mais simplement une estimation du nombre de membres qui représenterait une “masse” politiquement pertinente.
