La guerre et le vandalisme laissent souvent des traces sur les bâtiments et leur équipement. Souvent, le restaurateur se demande alors s’il doit compléter les pièces perdues, comment et avec quoi. C’est le cas d’un chandelier rococo au château de Lembeck.
Le château de Lembeck, un château d’eau près de Dorsten à la frontière entre le nord de la Ruhr et le sud du Münsterland, abrite depuis plusieurs générations un magnifique chandelier de style rococo. Le chandelier y orne le plafond de la grande salle des fêtes, également appelée salle Schlaunscher. Le lustre, tout comme la maison elle-même, a subi des dommages pendant la Seconde Guerre mondiale à cause des bombes et du vandalisme des occupants. Il est aujourd’hui impossible de déterminer l’ampleur exacte des dommages subis à l’époque. On peut toutefois supposer qu’en plus de la structure du bâtiment, de nombreuses pièces d’équipement ont été touchées. Pour les années d’après-guerre, on sait que le lustre a été réélectrifié dans les années 1960. On peut également voir que de simples retouches ont été effectuées par endroits sur le lustre, car certaines cassures ont été lissées et repeintes. En 2012, le lustre a fait l’objet d’une importante restauration. Celle-ci avait pour but de conserver le chandelier et – là où c’était possible – de lui redonner son aspect d’origine, afin que le chandelier puisse à nouveau être apprécié dans toute sa splendeur.
Deux raisons ont motivé cette intervention. D’une part, l’utilisation de la salle Schlaunscher avait changé. La salle devait à l’avenir également servir pour des fêtes de mariage, des réceptions, etc. D’autre part – et c’était la raison la plus importante – de nombreux éléments du lustre s’étaient déjà dégradés ou avaient été perdus, de sorte que si d’autres pertes survenaient, il était à craindre que l’on ne dispose plus de modèles pour reconstruire des parties lors d’une restauration ultérieure. Ci-dessous, nous mettons en lumière quelques facteurs qui ont largement déterminé le processus de restauration.
L’élément central du chandelier de 1,5 m de haut est un anneau circulaire à six bras. Chaque bras se divise en trois autres bras individuels qui se terminent chacun par un support de bougie. Au total, le chandelier a un diamètre de 1,4 mètre. Sur la partie centrale, jusqu’à 0,6 m au-dessus du bord, le lustre est pourvu d’une série raffinée d’ornements en forme de calice, sur laquelle sont fixés trois autres bras avec chacun un support de bougie sur une armature. 0,3 m plus haut, suit un bloc avec huit éléments en forme de C très caractéristiques du style rococo.
Le baroque tardif ou le style rococo se caractérisent par l’asymétrie, les fioritures, les formes en C et l’utilisation fréquente de feuilles d’acanthe. L’illustration 6 montre à quel point les feuilles d’acanthe du style rococo sont efficaces, élégantes et variées. En même temps, on voit clairement que les fines feuilles d’acanthe qui pendent librement sont très délicates et fragiles.
En raison d’une extrême violence extérieure, peut-être due à une chute du plafond, à la violence de la guerre ou au vandalisme, presque toutes les branches sont plus ou moins tordues. En outre, le bois est brisé aux points de flexion. De petits et grands éléments d’ornement sont également cassés. Il est possible que d’autres parties du bois endommagé soient tombées au fil du temps. Il est à noter qu’il ne reste plus aucune pièce cassée. Il est tout aussi remarquable que cinq éléments en C et un bras aient totalement disparu dans la partie supérieure. L’examen du chandelier à la lumière des restaurations antérieures a montré que lors d’interventions précédentes, non datées, on s’était contenté d’aplanir les cassures et de les repeindre avec de la peinture pour bronze.
Patrick Damiaens est restaurateur de meubles en Belgique. Vous pouvez lire son rapport complet dans le Restauro 03/2013, qui paraît ces jours-ci et dans lequel nous abordons également le thème de la fabrication de la passementerie selon la méthode traditionnelle.
