Dans la théorie architecturale actuelle, la notion de “typologie” ne se limite pas à la science du classement et de la classification. La “typologie” est plutôt considérée comme un processus de création de types – ou de “typogénèse”. Quel est l’impact de cette approche sur la théorisation future ? Comment les processus de conception en architecture vont-ils évoluer dans ce sens ?
Dans le cadre de la conférence “THINK.DESIGN.BUILD. plus de vingt intervenants de renommée internationale ont tenté de répondre à ces questions en proposant des solutions créatives et des bases de discussion. Les trois panneaux “Think”, “Design” et “Build” ont délimité le cadre du contenu. Outre des figures établies de la scène architecturale comme les bureaux zurichois EM2N, Bolthauser Architekten ou l’architecte berlinois Arno Brandlhuber, de jeunes bureaux comme Maio Architects de Barcelone ou Assemble de Londres ont été invités à partager de nouvelles perspectives. Grâce au mélange des participants, les approches ont été surprenantes et rafraîchissantes. La diversité des positions présentées le montre : La notion de typologie doit être comprise de manière plurielle. Et surtout en tenant compte des réalités dans lesquelles elle est négociée.
Local et durable
Le professeur et architecte berlinois Eike Roswag-Klinge du Natural Building Lab a surtout présenté des projets qui tiennent compte du climat et qui sont ancrés dans le contexte local. Le “Centre de thérapie traumatique assistée par l’animal” se compose de neuf bâtiments pour les écuries, les salles de thérapie et les espaces de rencontre. Les architectes ont utilisé des matériaux durables et locaux comme l’argile et la brique. Le matériau et la forme réagissent ainsi au risque sismique local élevé. Le projet “Infozentrale-Vollgut” fait le saut à Berlin. La maison se compose en grande partie de déchets et aborde de manière prototypique les questions d’avenir de la construction positive en termes de ressources. Les deux projets ont une chose en commun : ils cherchent des typologies en combinant le savoir local avec la durabilité et la fonction.
La numérisation comme avenir
L’architecte et chercheur Philipp Block du Block Research Group à l’ETH Zurich a abordé la notion de typologie de manière moins “low-tech”. Il voit dans la numérisation une chance unique de relever les défis globaux de notre époque. Grâce à la recherche de formes assistée par ordinateur, il développe des innovations en matière de construction qui pourraient par exemple augmenter considérablement la productivité dans la construction de logements. Le projet “KnitCandela” est tout récent. Il s’agit d’une fine coque en béton à courbures multiples, construite sur un tissu tricoté ultraléger. Difficile à croire – les cinquante mètres carrés de surface ont voyagé de la Suisse au Mexique dans une seule valise. Ce projet ne considère pas la nouvelle typologie comme un produit final, mais comme un processus de fabrication de l’architecture.
La numérisation comme prison
Amica Dall, cofondatrice du jeune collectif d’architecture londonien “Assemble”, voit les choses autrement – et c’est d’elle que vient la citation “digitalisation is imprisonment”. “Assemble” met l’accent sur des thèmes sociaux et spatiaux actuels. Pour à peine 230 euros le mètre carré, ils ont réalisé le projet “Yardhouse” à Londres et ont ainsi conçu un lieu de travail et d’échange social abordable. Un projet plus récent s’intitule “Granby Four Streets” à Liverpool.
Il s’agit ici de (ré)activer un quartier jusqu’alors négligé dans les processus de planification. Le jeune collectif d’architectes considère le voisinage et les connaissances locales existantes comme une base essentielle. Amica Dall développe l’approche de la “common richness” – et a paru trop romantique à certains visiteurs. Et pourtant, ces thèmes ont malheureusement été trop peu abordés.
De nouvelles typologies
C’est également là que l’architecte berlinois Arno Brandlhuber intervient dans sa “keynote-lecture” du soir. Avec autant d’intelligence que d’humour, il a donné un aperçu exemplaire de la marge de manœuvre dont disposent – ou plutôt pourraient disposer – les architectes et les planificateurs. Le projet Terrassenhaus, récemment achevé à Berlin, se définit lui-même comme une “mise à jour typologique”. Le bâtiment comprend des utilisations mixtes : des bureaux, des ateliers et des logements. Le passage des issues de secours par l’espace extérieur privé des différents étages est particulièrement intéressant. Cette nécessité architecturale oblige l’utilisateur à se confronter socialement à son environnement direct. Les profondeurs de bâtiment délibérément différenciées définissent de manière plutôt subtile les futures utilisations – et, par conséquent, leurs utilisateurs. La maison en terrasse de Brandlhuber montre comment de nouvelles typologies peuvent favoriser l’hétérogénéité programmatique et sociale. Et traduit sa pensée théorique en architecture construite.
Mise à jour typologique
La diversité des positions présentées montre à quel point la notion de typologie doit être comprise de manière complexe. Et surtout, dans quelles réalités elle est négociée. Le fait que peu de conférenciers soient venus du Sud global conduit à une question sans réponse : qui est impliqué dans le débat actuel sur la notion de typologie – et qui ne l’est pas ? Et comment la pensée de la typologie et de la typogenèse évolue-t-elle en fonction des différents contextes géographiques et sociaux ?
Même si le flou qui entoure la notion de “typologie” ou de “typogenèse” reste présent même après la conférence, la manifestation de cette année accomplit avant tout une chose : elle fonctionne comme une plateforme qui réunit les perspectives et les approches de solutions les plus diverses. Elle offre un espace pour un échange créatif et scientifique à une époque où la pratique et la théorie de l’architecture doivent remettre en question les fondements de l’architecture – et où la question de la responsabilité sociale des architectes et des planificateurs est plus pertinente que jamais.