23.10.2025

Projet

Traverser l’eau au sec

Comme les Pays-Bas se trouvent en grande partie sous le niveau de la mer, le pays a toujours dû lutter contre l’eau. Mais la force de l’eau a également été exploitée. Grâce à leur “arme secrète”, la ligne de flottaison hollandaise, les Néerlandais repoussaient leurs adversaires en temps de guerre en provoquant des inondations ciblées.

A la fin du 16e siècle, sept provinces des Pays-Bas actuels se sont unies et se sont séparées de la domination de Philippe II d’Espagne. Outre les digues qui repoussaient la mer, ils créèrent des zones de protection contre les ennemis. Là où la nature ne constituait pas un obstacle, ils ajoutèrent des villes fortifiées et parfois des forts, et un réseau de bandes de protection et de fortifications se développa. C’est ainsi qu’est née en 1628 la West Brabantse Waterlinie, une ligne de défense dans laquelle certaines villes et villages ont été fortifiés et reliés par des remparts de sable et de pierre. En cas de défense, les terres situées devant ces remparts étaient inondées. Au 19e siècle, les installations se sont détériorées à vue d’œil et sont tombées dans l’oubli. Aujourd’hui, les touristes ont redécouvert ces ouvrages et les possibilités de détente qu’ils offrent. Chaque fort est utilisé de manière différente, par exemple comme camping, cave à vin, musée, restaurant ou réserve naturelle.

Pont vers le Fort de Roovere
Pont vers le Fort de Roovere
Pont vers le Fort de Roovere
Pont vers le Fort de Roovere
Pont vers le Fort de Roovere

Un pont invisible au-dessus du fossé

La West Brabantse Waterlinie comprend le fort de Roovere. Le fort sert aujourd’hui de zone de loisirs et plusieurs itinéraires cyclistes et pédestres le longent. Avec le rétablissement de la ligne d’eau, il a également fallu construire un pont au-dessus des douves du fort. Comme il est très inhabituel de construire un pont au-dessus d’un fossé de défense – surtout du côté ennemi – une construction conventionnelle a été exclue. Il s’agissait plutôt de concevoir un pont qui s’intègre bien dans le fort et qui préserve le caractère original de l’ouvrage de défense. Nous, le bureau d’architectes RO&AD de Bergen op Zoom aux Pays-Bas, avons donc conçu un pont invisible qui mène au centre de la forteresse. Le pont est en bois, rendu imperméable à l’aide d’un film en caoutchouc. Comme un joint, il traverse la forteresse et les douves. Le pont n’est pas visible de loin, car la terre végétale et l’eau atteignent le bord supérieur des rampes. Si l’on s’approche du pont, on aperçoit la forteresse à travers une étroite fissure.

Traverser l’eau avec des œillères

L’impression est différente à chaque endroit du pont. Depuis la tête du pont, on a une vue magnifique sur les environs. En descendant les escaliers, les hautes balustrades ressemblent à des œillères et l’on ne peut voir que droit devant soi. Sur le pont lui-même, le visiteur est entouré d’eau tout en restant au sec. Avec les mains, on peut mettre la main dans l’eau qui clapote contre la balustrade. Le décor rappelle un peu celui de Moïse, qui partagea jadis les eaux de la mer Rouge pour que son peuple puisse fuir à pied sec devant les chars de Pharaon.

Traduit de l’anglais par Simon Herr

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