L’archéologue Simone Mühl est collaboratrice scientifique à la LMU de Munich et fouille depuis des années en Irak. RESTAURO s’est entretenu avec elle des conditions de travail et du travail de reconstruction dans le pays, ainsi que de ses efforts pour sensibiliser le public à la nécessité de protéger le patrimoine irakien.
Dans quelle mesure est-il actuellement possible de travailler en Irak en tant qu’archéologue ?
Dans les différentes régions d’Irak, les conditions de sécurité et donc de travail pour les projets étrangers sont très différentes. Actuellement, il est possible de travailler avec un concept de sécurité dans le sud de l’Irak, où j’ai eu l’occasion, au printemps 2016, de participer à des projets de collègues allemands et anglais. Pour mon propre travail de projet, je travaille depuis 2009 dans la région autonome du Kurdistan. Depuis la chute du régime en 2003, la situation sécuritaire s’y est visiblement améliorée, de sorte qu’il est possible de se déplacer et de travailler librement sans escorte militaire.
Les Irakiens vous soutiennent-ils dans cette démarche ?
Le soutien de nos collègues des musées locaux et du service des antiquités est très important, et la population rurale est également très favorable à notre travail. Après tout, les gens sont aussi très fiers de l’âge des vestiges que nous mettons au jour, et ils apprennent avec nous à connaître la culture matérielle et l’histoire de la région.
Vos collègues irakiens doivent actuellement fournir un travail important, à l’avenir probablement aussi à l’antique Nimroud.
Oui, le gros du travail leur incombera certainement. Cette situation offre en même temps la possibilité de reconstruire des matières comme l’archéologie et la restauration avec une application pratique à l’université de Mossoul, que l’armée irakienne vient de reprendre. De nombreux professeurs ont été tués ou se sont réfugiés dans d’autres parties du pays ou à l’étranger. Leur bibliothèque a été brûlée par l’EI avec les livres, les amphithéâtres et les bureaux ont été pillés ou détruits. Une génération d’étudiants n’a pas pu étudier pendant plusieurs années. Le travail de reconstruction ne commence donc pas seulement à Nimroud, mais est de nature fondamentale et doit donc aussi être entrepris dans le secteur de l’éducation. La situation exigera la collaboration de nombreux secteurs de l’État irakien et de la société : différents ministères, l’armée, le clergé et l’éducation. La sécurité de base de la population est également liée à la protection de Nimroud, car les fouilles abusives sont encouragées par la pauvreté.
Avez-vous de l’expérience dans le sauvetage du patrimoine culturel en Irak ?
Par le passé, j’ai aidé le service des antiquités de la province de Sulaymaniyah à effectuer des fouilles de sauvetage. J’ai également signalé immédiatement les sites que j’ai examinés lors de mon travail avec l’équipe et qui étaient menacés par des travaux de construction, voire déjà partiellement détruits, afin que le service des antiquités puisse prendre contact avec les maîtres d’ouvrage, les agriculteurs ou les entreprises pour élaborer ensemble des concepts de protection pour les sites antiques. Ce travail est comparable aux précautions que doivent également prendre nos services allemands des monuments historiques.
Y a-t-il des “lois spéciales” en Irak ?
Oui, en Irak, les relations humaines sont souvent plus importantes que les lois en vigueur. C’est pourquoi de nombreux problèmes sont résolus par la communication. La voie judiciaire n’est utilisée que lorsque les choses vont trop loin. Ainsi, il est souvent possible de trouver un accord à l’amiable qui permet de protéger et de préserver les sites antiques, mais aussi les bâtiments anciens.
Malgré la destruction des trésors culturels irakiens, leur protection ne semble pas être très présente dans l’opinion publique en Allemagne.
C’est vrai. C’est pourquoi j’ai fondé l’année dernière en Allemagne, avec des collègues, l’association RASHID International e. V. (Research, Assessment & Safeguarding the Heritage of Iraq in Danger), avec laquelle nous souhaitons créer un lobby pour la protection de la culture en Irak au sein d’un réseau international. Nous avons initié des projets qui permettent l’accessibilité numérique du patrimoine culturel à un large public.
Par notre travail, nous souhaitons sensibiliser le public et développer, dans le cadre d’une collaboration internationale, des stratégies de protection des sites du patrimoine culturel mondial et d’autres biens culturels en Irak, et offrir le soutien technique ainsi que professionnel de notre réseau d’experts pour leur mise en œuvre.
L’interview a été réalisée par Alexandra Nyseth.
