Dr. Abdel Kader Haïdara, directeur général de la bibliothèque Mamma Haïdardaraa de Tombouctou et président de l’organisation non gouvernementale SAVAMA-DCI, fait le point sur l’état actuel de la sauvegarde des manuscrits de Tombouctou.
Ils font partie du patrimoine culturel de l’Afrique, les précieux manuscrits islamiques datant du 12e au 20e siècle. Des centaines de milliers de manuscrits témoignent de la diffusion de différentes langues écrites africaines et des contacts marquants avec le monde arabe et européen. Les textes religieux, scientifiques, littéraires, politiques et économiques sont les témoins papier de la tradition malienne d’échange, de la jurisprudence, du haut niveau de connaissances de l’époque. RESTAURO a déjà rendu compte du sauvetage dramatique des manuscrits et des premières mesures d’aide.
L’un des plus grands soutiens à la sauvegarde des manuscrits dits de Tombouctou est la fondation Gerda Henkel, basée à Düsseldorf. Lors d’un entretien avec la presse en marge de la conférence sur le patrimoine mondial de l’UNESCO, le Dr Michael Hanssler, président du conseil d’administration de la fondation, a confirmé l’engagement à long terme de son établissement : plus de 600.000 euros pourront à l’avenir être mis à disposition pour la sauvegarde à long terme.
Le soutien international, qui est en outre accordé par la fondation américaine Ford, la fondation néerlandaise Prince Claus et d’autres partenaires, doit permettre de restaurer les manuscrits endommagés et de reconstruire les bibliothèques détruites de Tombouctou, explique le Dr Abdel Kader Haïdara. Il évoque les progrès impressionnants réalisés depuis l’évacuation d’urgence et dangereuse de plus de 370 000 manuscrits vers la capitale Bamako, au sud du Mali, en 2012. Depuis, le bâtiment provisoire des archives à Bamako a été agrandi, les caches secrètes ont pu être réduites de 10 à sept maisons réparties dans la ville. De même, 22 bibliothèques de Tombouctou ont déjà été réparées. Car pour le Dr Haïdara, il ne fait aucun doute que les précieux manuscrits reviendront un jour dans le nord du Mali, dès que la situation politique se sera stabilisée. Mais la crainte de nouvelles attaques des rebelles est encore grande, même si les djihadistes ont actuellement pu être repoussés.
En attendant, on se consacre d’abord aux problèmes de conservation des manuscrits et des reliures en cuir, serrés dans des caisses métalliques, en raison du climat humide de la savane dans la capitale. Des spécialistes maliens, dont le travail d’archivage de plusieurs décennies a été réduit à néant par les combats dans le nord, ont repris leur travail et sont soutenus par d’autres aides, formées également par des Allemands. Entre-temps, 70.000 manuscrits ont pu être catalogués, 54.000 manuscrits ont en outre été restaurés et la numérisation systématique a commencé. Haïdara espère que d’ici un à deux ans, les mesures de conservation d’urgence pourront être achevées.
