Stephan Steingräber aborde un domaine complexe de l’archéologie avec beaucoup d’intuition et d’excellence scientifique.
Les tombes rupestres, ou les architectures rupestres en général, sont des repères clairement visibles – surtout dans les paysages géologiquement appropriés autour de la Méditerranée, mais aussi au-delà. Elles sont apparues depuis le deuxième millénaire avant J.-C. jusqu’à l’époque impériale romaine, afin de conférer durabilité et monumentalité aux habitations des morts. Les propriétaires des tombes, généralement des nobles ou des personnalités socialement remarquables, avaient l’intention d’être mis en valeur publiquement même après leur mort. Les tombes creusées dans la roche et situées dans des endroits exposés répondaient à ce besoin de représentation en tant que signe de prestige social. Si l’extérieur était souvent richement décoré, l’intérieur de la chambre funéraire et les offrandes funéraires ne jouaient souvent qu’un rôle secondaire.
Le livre met l’accent sur la zone des tombes rupestres du sud de l’Étrurie, où la nature sauvage et riche en végétation et les monuments uniques forment une symbiose contrastée. La région de tuf autour de Viterbe, Tuscania et Blera en Italie centrale offrait les meilleures conditions pour l’installation des nombreuses nécropoles rocheuses qui étaient encore beaucoup plus visibles il y a quelques décennies en raison du déboisement systématique et de l’exploitation des pâturages. Mais la forte végétation ou les tremblements de terre ne sont pas les seuls à mettre à mal ces constructions millénaires : des réaffectations inappropriées en étables pour animaux, garages ou caves à vin, ainsi qu’un tourisme de plus en plus pratiqué, ont également des répercussions défavorables sur l’existant. L’auteur retrace l’histoire de la recherche et de la découverte et aborde également le thème du pillage des tombes, qui est parfois encore pratiqué aujourd’hui. En s’engageant pour une protection durable des installations exposées aux intempéries, il espère qu’à l’avenir, une plus grande attention sera portée à la science et à la conservation. Il y a manifestement un grand besoin de recherche sur la technique et les ateliers, car ce sujet passionnant n’est traité que sur deux petites pages.
Le phénomène des architectures rupestres ne se limite pas à l’Italie centrale. Dans la deuxième partie de ce mince volume, Steingräber “emmène” le lecteur au-delà de l’Étrurie, vers des tombes rupestres d’autres zones et d’autres cultures. Il présente les principales nécropoles rupestres de l’est de la Méditerranée, en les classant par typologie, chronologie et histoire. Le voyage nous mène vers les îles grecques et l’Asie mineure, puis vers le Proche-Orient, la Perse, l’Afghanistan, l’Inde et la Chine. L’auteur est conscient que presque toutes ces régions auraient mérité une monographie à part entière en ce qui concerne leurs architectures rupestres.
Le présent hors-série du MONDE ANTIQUE ouvre au lecteur un domaine marginal de l’archéologie. Malgré la densité des termes techniques et l’utilisation de désignations régionales (antiques) pas toujours immédiatement compréhensibles, il s’agit d’un ouvrage passionnant, mais surtout d’une lecture très fluide : pas seulement pour les amateurs d’histoire étrusque ou d’architectures funéraires antiques. L’extraordinaire richesse des illustrations donne du relief aux paysages décrits et aux architectures rupestres étudiées. L’auteur, professeur d’étruscologie et de civilisations italiennes à l’Université degli studi Roma Tre, est sensiblement tombé sous le charme du paysage étrusque méridional et de son “caractère pastoral”. Et pourtant, Stephan Steingräber parvient à faire découvrir au lecteur cette matière extrêmement complexe avec la distance qui convient au chercheur.
Référence bibliographique :
Stephan Steingräber : Antike Felsgräber unter besonderer Berücksichtigung der etruskischen Felsgräbernekropolen, Darmstadt (Philip von Zabern) 2015, 144 pages, 162 illustrations en couleur, couverture rigide avec jaquette, 29,95 euros.
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