Thomas Kröger a construit un luxueux immeuble d’habitation sur les rives de l’Isar à Munich. Mais pour l’architecte, son projet ne visait pas tant le faste que le dialogue délicat avec les constructions historiques voisines.
Vue de la première cour. Photo : Philipp Obkircher
Vivre avec vue sur l'Isar
La vue depuis le toit-terrasse du nouveau bâtiment est impressionnante. D’un côté, on voit l’Isar qui coule devant la maison, de l’autre, la célèbre silhouette de la ville de Munich avec le Vieux Pierre, l’église Notre-Dame et l’église des Théatins. Le penthouse en duplex, dont la terrasse fait partie, serait probablement qualifié de “trophy home” aux États-Unis. L’appartement est d’ailleurs déjà vendu, de même que toutes les autres unités du projet Erhardtstraße 10, à une exception près. L’aménagement intérieur est en cours d’achèvement, conformément aux souhaits du nouveau propriétaire. Il pourra à l’avenir profiter de la vue à travers le mur de fenêtres à deux étages, sur lequel l’architecte Thomas Kröger a posé un toit semi-transparent en lamelles de cuivre. De grandes ouvertures en forme de vagues, qui de loin ressemblent à des lucarnes, mettent en scène la vue sur l’Isar.
Avec encorbellement et ornement
Le paysage de toitures en cuivre est l’un des éléments qui permet à Kröger d’intégrer sa maison dans la ligne de rivage avec ses façades de style historique tardif et de style jeune. Un autre élément est l’énorme oriel en saillie avec lequel l’architecte termine la façade sur rue d’un côté. En outre, la maison montre dans ses détails un grand plaisir à la décoration, qu’elle partage avec les bâtiments voisins. Le plus frappant est la peinture de la façade, une sorte de bande dentelée multicolore qui s’étend sur toutes les surfaces murales. Kröger fait ainsi allusion aux sgraffites et aux peintures murales très répandus à Munich jusque dans les années cinquante, qui connaissent apparemment une petite renaissance – Hild et K ont également fait décorer leur immeuble commercial récemment achevé dans la Weinstrasse avec une grande minutie picturale(cf. Baumeister 5/2021).
Dans la cour ronde
Bien entendu, Kröger a dû utiliser au mieux le terrain profond et irrégulier. Ainsi, deux autres bâtiments transversaux et leurs ailes latérales s’échelonnent derrière le bâtiment avant. La première des deux cours intérieures est surmontée d’un toit avec une énorme découpe circulaire – un élément qui rappelle à la fois un opaion surdimensionné et les cours rondes que l’on connaît par exemple de la Villa Farnese à Caprarola. Cette cour prolonge efficacement la séquence spatiale qui commence dans le foyer de la maison et descend ensuite quelques marches. De l’aveu même de Kröger, cette solution a été inspirée par les immeubles collectifs bourgeois des années cinquante à Milan et leurs nobles entrées.
La citoyenneté pour des millions
En revanche, les cages d’escalier sont petites. Beaucoup de noir contribue en outre à faire paraître ces zones de l’immeuble un peu sous-dimensionnées. Dans les grands appartements de la maison avant, l’ascenseur mène directement à l’entrée, de sorte que la cage d’escalier joue ici plutôt le rôle de voie de fuite que de voie d’accès. Les appartements du premier bâtiment arrière sont en partie de taille complexe et sont éclairés par les deux cours ainsi que par d’autres puits de lumière. Les plans témoignent ici de la pression de l’exploitation, qui a indéniablement joué un rôle dans la planification.
En dépit de ce contexte et de la configuration difficile du terrain, Thomas Kröger a incontestablement réussi à concevoir un bâtiment bien conçu qui s’intègre harmonieusement dans le paysage urbain. Il dégage une impression d’assurance et de confort bourgeois que l’on souhaiterait retrouver ailleurs. En revanche, les prix d’achat des appartements ne peuvent plus guère être qualifiés de bourgeois. Dans le bâtiment de devant, ils coûtent – ou ont coûté – un montant moyen à un chiffre en millions, car comme nous l’avons déjà mentionné au début, il ne reste plus qu’un dernier appartement à vendre.
En parlant de logements chers, l’architecte Jean-Christophe Quinton a réalisé l’inverse avec son immeuble parisien à la façade de grès, qui abrite des logements sociaux.
