Le Remi Berlin est le nouveau restaurant conçu par le cabinet d’architectes Ester Bruzkus dans la maison Suhrkamp. Il entre dans un dialogue passionnant avec l’architecture de Roger Bundschuh – et la cuisine de Lode van Zuylen et Stijn Remi.
La salle de restaurant avec vue en direction de l'entrée, photo : Robert Rieger
Remi Berlin : un design aux formes rigoureuses et des couleurs chaudes d'Ester Bruzkus
Lorsque l’on évoque les bâtiments berlinois les plus médiatisés de ces derniers temps, il faut obligatoirement parler de la nouvelle maison d’édition Suhrkamp. Ces derniers mois, rares sont les journalistes spécialisés en architecture qui sont passés à côté du bâtiment en béton clair de Roger Bundschuh sur la Rosa-Luxemburg-Platz. L’aménagement intérieur de ses locaux d’édition, conçu par Kinzo Architekten à Berlin, a également suscité beaucoup d’intérêt. Aujourd’hui, les architectes Ester Bruzkus ont aménagé le restaurant Remi à Berlin au rez-de-chaussée du bâtiment, ajoutant ainsi une nouvelle facette à la maison Suhrkamp.
L’espace était un défi, explique Ester Bruzkus, car il fallait tenir compte des conditions architecturales – les deux côtés longitudinaux du local sont constitués de baies vitrées allant du sol au plafond – et des couleurs – le sol, les murs et les plafonds sont gris ciment. Comment le nouveau restaurant pouvait-il transmettre un degré de convivialité sans que l’aménagement n’aille à l’encontre de l’architecture ? Les architectes d’Ester Bruzkus ont trouvé la solution dans un langage de design aux formes strictes, qu’ils ont combiné avec des couleurs discrètes mais chaleureuses.
La cuisine est au centre
Il s’agissait tout d’abord de structurer le grand espace sans lui ôter sa générosité et son aération. Les architectes ont été aidés par le fait que les deux restaurateurs, Lode van Zuylen et Stijn Remi, souhaitaient une cuisine ouverte qui serait le centre de leur restaurant. Les planificateurs ont donc conçu un grand espace encastré dans lequel ils ont regroupé la cuisine, un bar et une zone de service et de stockage fermée. Ce bloc divise la surface totale du Remi Berlin en différentes zones : devant le front du bloc cuisine et bar se trouve la salle de restaurant principale. Elle est délimitée du côté des fenêtres par deux longues banquettes en bois stratifié clair. Les hauts dossiers fermés des bancs protègent la zone d’accueil des regards de la rue et créent ainsi une intimité à l’intérieur.
Table des chefs
D’autres tables sont disposées sur les côtés du bloc-cuisine : Côté Torstraße, une petite dizaine de tables s’étendent le long de la baie vitrée. Cette rangée de tables se termine dans la zone d’entrée, marquée par un petit comptoir d’accueil. Cette conception a été motivée par la volonté de pouvoir exploiter cet espace de restauration latéral même lorsque la salle de restaurant principale est fermée, par exemple aux heures creuses entre les repas principaux. De l’autre côté du bloc cuisine, qui fait face au jardin, se trouve la table du chef, une grande table individuelle située juste à côté de l’accès de service à la cuisine. Les amis de la maison peuvent s’y asseoir et voir de près ce qui se passe derrière les casseroles. D’autres tables peuvent être installées dans le jardin même. Le vestiaire et le local sanitaire sont placés à l’arrière du bloc de cuisine.
Rouge pour le service
Pour souligner le concept d’espace et sa solution de traitement avec la cuisine au centre, le cabinet d’architectes Ester Bruzkus a conçu spécialement pour le Remi un objet lumineux qui entoure le bloc central en larges boucles. Trois rails lumineux qui se croisent sans cesse éclairent l’ensemble de la pièce et apportent en outre un élément dynamique à l’aménagement.
Pour le mobilier et les installations, c’est un rouge bordeaux chaud qui domine, i qui s’harmonise bien avec le gris clair de l’architecture. “Nous avons utilisé cette couleur partout où le personnel du restaurant travaille”, explique Ester Bruzkus. Ainsi, la cuisine est en rouge, tout comme le bar, le comptoir d’accueil, les postes de service et une grande étagère à vin placée au fond de la salle de restaurant. Les espaces réservés aux clients sont en revanche caractérisés par du bois clair et des accents de curry. Cette teinte a été introduite par Lode van Zuylen et Stijn Remi eux-mêmes, comme le raconte Ester Bruzkus : “Ils sont entrés dans notre bureau à la décoration très minimaliste, avec pour seul ornement un bouquet de tournesols. Ils ont tout de suite été enthousiasmés par l’ambiance que cette combinaison créait”. Les architectes ont alors fait recouvrir les coussins des deux bancs d’un tissu velours côtelé de couleur curry de Kvadrat et une partie des chaises a également été peinte dans cette teinte.
Ester Bruzkus : apprendre de Louis Kahn
Lors du choix des matériaux pour le Remi à Berlin, Bruzkus, Greenberg et l’équipe ont été guidés par deux constantes. D’une part, le bâtiment lui-même. Avec sa transparence des matériaux, son minimalisme bien calculé et son engagement sans compromis en faveur de la modernité, le bâtiment de Roger Bundschuh donnait déjà le ton pour l’intérieur – on ne voulait pas implanter un corps étranger complet.
D’autre part, le style de cuisine clair et sans fioritures de Lode van Zuylen et Stijn Remi, qui place le produit de base au centre de l’attention, exigeait un aménagement tout aussi parfaitement réduit. Peter Greenberg a trouvé son inspiration chez le grand architecte américain Louis Kahn. “Le matériau doit avoir l’air à l’intérieur comme à sa surface – comme s’il s’agissait d’un morceau de beurre”, paraphrase Ester Bruzkus une déclaration de John Hejduk sur l’architecture de Kahn. C’est pourquoi les bords des meubles et des éléments encastrés dans le Remi n’ont pas été collés avec de la colle. En revanche, le MDF dans lequel ont été fabriquées les pièces rouges de l’aménagement a été entièrement teinté dans la masse. Le produit de départ devait finalement rester clairement reconnaissable, comme dans la cuisine de Remi et van Zuylen.
Contrepoids à la Villa Kellermann : Remi Berlin
Presque tout l’intérieur a été conçu par Ester Bruzkus, Peter Greenberg et leur équipe. Les exceptions sont d’une part la “Bondi chair” du designer australien Fräg Woodall (pour Please wait to be seated), d’autre part la “Hanging lamp” de Muller van Severen (pour Valerie Objects). Bruzkus a découvert la chaise Bondi au Salone del Mobile et a été séduite par son confort. Elle a choisi la lampe pour l’aspect graphique de son design. Elle crée désormais de la lumière là où l’éclairage du plafond ne suffit pas.
La conception et la réalisation du Remis ont été pour elle une phase particulièrement passionnante de sa vie professionnelle, explique Ester Bruzkus. Notamment parce que la transformation de la Villa Kellermann a eu lieu presque parallèlement au restaurant dans la maison Suhrkamp. En effet, Bruzkus s’est également chargée de la conception du nouveau restaurant de Tim Raue dans la villa historique de Potsdam. La diversité des matériaux, les couleurs, les motifs et les formes y jouent un rôle central dans le concept d’aménagement. Malgré une apparence totalement différente, son langage architectural est en fait le même dans les deux restaurants, explique Ester Bruzkus. Ce sont tout simplement les deux pôles du même monde.
Tout en bleu et à seulement 10 minutes à pied : l’ Aera Brotmanufaktur sur la Rosenthaler Platz, où l’artisanat et le design se rencontrent.
