Réfléchis, peu importe à quoi. L’essentiel est de réfléchir. C’est, en résumé, le message que devraient transmettre les monuments, quelle que soit leur couleur. Les monuments sont une sorte de chaînon manquant entre le passé, le présent et l’avenir. De plus, les monuments sont parfois en mesure de consoler les péchés de construction du présent. C’est notamment pour cette raison que tous les gouvernements civilisés considèrent qu’il est de leur devoir d’alimenter les monuments historiques. Sans cette aide, les villes et les campagnes seraient probablement assez tristes, ou du moins beaucoup plus misérables. Naturellement, un grand pays comme la Rhénanie-du-Nord-Westphalie doit entretenir de nombreux, voire de très nombreux monuments. De l’église romane à la mine de charbon de Zollverein, du château d’eau féodal à la cité ouvrière de Krupp, ils ont tous plus ou moins besoin de l’aide de l’État. Cela agace et a toujours agacé, surtout en période de restrictions budgétaires. Mais jusqu’à présent, la responsabilité a toujours prévalu sur les contraintes pécuniaires.
En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une grande partie des monuments historiques se trouvent dans des zones rurales ; des zones qui auraient perdu le peu d’identité architecturale qui leur restait au cours des dernières décennies, s’il n’y avait pas eu les monuments régionaux. Les centres historiques des villages, les châteaux d’eau, les premiers bâtiments industriels et les ensembles de l’époque de l’Art nouveau ou du Modernisme classique contribuent aujourd’hui encore de manière essentielle à maintenir des points de référence et d’orientation régionaux dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, rafistolé artificiellement à l’époque.
Or, le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a annoncé son intention de supprimer début 2015 toutes les subventions destinées à la conservation des monuments historiques. Inimaginable, mais vrai. Seul Berlusconi avait jusqu’à présent eu une idée aussi abracadabrante. Le gouvernement sait-il seulement ce que cela signifie ? A la longue, adieu la cathédrale de Cologne, adieu la chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle. Et dans les zones rurales, adieu le château d’eau de Nordkirchen, adieu le monument de Tecklenburg et ainsi de suite. Privée peu à peu de son patrimoine architectural, la vie à la campagne et l’expérience de ce même pays deviendraient encore plus pesantes qu’elles ne le sont déjà de fait. Le pays à l’état pur.
Le gouvernement du Land ne semble toutefois pas verser de larmes de crocodile sur ses monuments. Au contraire, il est en passe d’inscrire la barbarie culturelle dans son programme gouvernemental. Aussi rigoureux et ignorant qu’il l’est avec ses universités, il veut à présent se débarrasser de manière aussi irresponsable des obligations qui lui sont imposées en matière de monuments. S’il en était vraiment ainsi, ce serait une barbarie culturelle sans précédent. Nous tous qui avons voté pour toi, nous ne l’aurons pas oublié d’ici les prochaines élections, chère Hannelore. J’espère que tu continueras à bien dormir. Car tu penses aux monuments Monuments dans la nuit….
