26.12.2025

Society

Réaménagement du Gendarmenmarkt de Berlin

Gendarmenmarkt de Berlin : la place historique avec la cathédrale allemande, la cathédrale française et la salle de concert se présente dans une configuration remaniée après deux ans de rénovation. Photo : © Ole Bader

Gendarmenmarkt de Berlin : la place historique avec la cathédrale allemande, la cathédrale française et la salle de concert se présente dans une configuration remaniée après deux ans de rénovation. Photo : © Ole Bader

Après deux ans de travaux, l’une des plus belles places de Berlin brille d’un nouvel éclat, le Gendarmenmarkt de Berlin – mais les avis sur le résultat sont très partagés. La rénovation complète du Gendarmenmarkt historique, encadré par la cathédrale allemande, la cathédrale française et la salle de concert, a suscité un débat animé, exemplaire des défis de l’urbanisme moderne.


De la vision à la réalisation

Le projet de rénovation, qui a débuté en octobre 2022 et s’est achevé en décembre 2024, est basé sur une procédure de participation intensive datant de 2011. La planification a été assurée par le bureau Rehwaldt Landschaftsarchitekten pour les espaces extérieurs et PST Ingenieure pour l’équipement technique, après que le Land de Berlin a confié la direction du projet à Grün Berlin en 2018.

le Gendarmenmarkt de Berlin : environ 14 000 mètres carrés de surface ont été rénovés, ce qui a nécessité le déplacement d’environ 6 000 tonnes de pavés en pierre naturelle. La trame des pavés s’inspire du modèle historique tout en étant adaptée aux exigences actuelles.


Une infrastructure moderne sous des pavés historiques

L’installation d’un réseau souterrain de cinq kilomètres de conduites pour l’électricité, l’eau et les eaux usées constitue l’une des pièces maîtresses de la rénovation. Avec plus de 50 raccordements escamotables pour l’eau potable et les eaux usées ainsi qu’une trentaine de raccordements électriques souterrains, des événements tels que le Classic Open Air ou le marché de Noël pourront désormais avoir lieu indépendamment de la salle de concert.

Cette infrastructure technique permet non seulement d’éliminer les zones dangereuses comme les ponts de câbles, mais aussi de réduire considérablement les temps de montage et de démontage lors des manifestations – un avantage aussi bien pour les visiteurs que pour les organisateurs.


Résilience climatique grâce à une gestion innovante de l'eau

L’adaptation au climat a fait l’objet d’une attention particulière lors de la rénovation. Une gestion durable de l’eau de pluie collecte l’eau de pluie, la pré-épure dans des installations souterraines et l’achemine vers la nappe phréatique via six rigoles. Ce système fonctionne selon le principe de la ville-éponge : en cas de fortes pluies, les rigoles retiennent l’eau excédentaire, délestent les canalisations et empêchent les inondations locales.

Michael Herden, porte-parole de l’administration du Sénat pour les transports et la protection du climat, qualifie donc la place d'”écologiquement durable” – un argument qui ne convainc pas tout le monde dans le débat public.


La végétation : point litigieux du réaménagement

La principale critique à l’encontre du réaménagement concerne la végétation. Dans le cadre des travaux, 23 arbres ont été enlevés, mais seulement six nouveaux ont été plantés – trois sophoras japonais (Sophora japonica) et trois magnolias dans la partie sud de la place.

L’administration du Sénat justifie cette végétalisation limitée par différents facteurs : les directives de protection des monuments, le maintien d’axes de vue dégagés sur les dômes et la salle de concert ainsi que les contraintes techniques liées aux installations souterraines et au métro. En outre, il est souligné que les arbres ficelés japonais choisis, avec des couronnes d’un diamètre de 12 à 18 mètres, sont d’excellents fournisseurs d’ombre et présentent une tolérance extrême à la chaleur, à la sécheresse et aux gaz d’échappement.


Les critiques voient une "calamité urbaine" et un "désert de pierres

Dans les médias sociaux, les voix critiques s’accumulent, qualifiant le nouveau Gendarmenmarkt de “labyrinthe urbain” ou de “désert de pierres”. Même l’ancien candidat à la chancellerie CDU Armin Laschet s’est exprimé et a qualifié le résultat de “ni esthétiquement, ni du point de vue de la conservation des monuments, ni du point de vue du climat”.

L’activiste climatique Heinrich Strößenreuther (Verts) avertit que la place se réchaufferait fortement pendant les mois d’été et pourrait être dangereuse pour les personnes âgées. Avec son “Initiative BaumEntscheid”, il demande plus d’arbres pour un meilleur refroidissement et une meilleure qualité de l’air. Sa proposition : un arbre tous les 15 mètres le long de la route ainsi qu’un peu de gazon au milieu de la place.


L'accessibilité, un progrès

L’amélioration de l’accessibilité constitue un progrès important du réaménagement. Les rebords aménagés dans les années 1980 ont été supprimés et la place a été reconnectée aux trottoirs à la même hauteur. Les cathédrales française et allemande ainsi que le Konzerthaus ont été rendus accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le trottoir de la Charlottenstraße a été élargi vers l’ouest en supprimant l’ancienne bande de stationnement.


Continuité historique ou héritage problématique ?

L’histoire de l’aménagement de la place du marché, créée au 17e siècle, est complexe. Selon un rapport de l’office régional des monuments historiques, les plans de reconstruction après la Seconde Guerre mondiale remontent à l’époque nazie. En 1936, à l’occasion des Jeux olympiques, des zones de végétation devant le Schauspielhaus et le monument de Schiller ont été supprimées afin de créer une surface quadrillée uniforme qui servait de lieu de défilé et de parking.

Le réaménagement actuel du Gendarmenmarkt de Berlin s’inspire d’un quadrillage datant à l’origine de cette période et qui a été poursuivi à l’époque de la RDA – un aspect qui complique encore le débat.


Différentes perspectives des parties prenantes

Le sénateur de Berlin pour le développement urbain, Christian Gaebler (SPD), reconnaît que l’on peut avoir des opinions différentes, mais il maintient le concept global. Il recommande aux critiques de prendre le temps d’examiner l’aménagement. Bien qu’il apprécierait personnellement plus d’arbres, il fait référence à l’utilisation de la place comme lieu de manifestation, pour laquelle trop de verdure serait un obstacle.

Le conservateur du Land de Berlin, Christoph Rauhut, soutient également le réaménagement et approuve la décision de principe selon laquelle le Gendarmenmarkt doit rester une place urbaine.

Gabi Jung, directrice régionale de BUND Berlin, fait en revanche preuve de compréhension pour la végétalisation limitée et attire l’attention sur d’autres zones. Elle estime que si des espaces verts doivent être créés et préservés dans les plans d’urbanisme, il existe d’autres endroits à Berlin où davantage de verdure et de désensablement seraient plus urgents, comme la Leipziger Strasse ou la surface du Humboldt-Forum.


Un compromis à l'issue incertaine

La rénovation du Gendarmenmarkt illustre un conflit d’objectifs fondamental de l’urbanisme moderne : comment concilier patrimoine historique, utilisation culturelle et protection du climat ?

Depuis le 13 mars 2025, la place est à nouveau ouverte au public après avoir été remise à l’arrondissement de Berlin Mitte. Reste à savoir si l’apaisement de l’agitation prédit par le sénateur Gaebler se produira. Le débat autour du Gendarmenmarkt ne devrait en tout cas pas être le dernier du genre dans une ville qui doit trouver sa voie entre tradition et adaptation au climat.

Pour en savoir plus sur le réaménagement de la Willy-Brandt-Platz à Munich, cliquez ici.

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