10.09.2025

Commerce

Puni, chambre de combustion à Glurns

Une vue unique et inhabituelle - la distillerie de whisky Puni se trouve au milieu du Vinschgau dans le Tyrol du Sud. Photo : René Riller

Une vue unique et inhabituelle - la distillerie de whisky Puni se trouve au milieu du Vinschgau dans le Tyrol du Sud. Photo : René Riller

Distillées par nos soins : Les briques spécialement conçues pour cette construction recouvrent de manière mystique une distillerie de whisky du Tyrol du Sud. C’est inhabituel, car l’eau-de-vie fumée n’est pas nécessairement connue dans la région italienne. Pourtant, des conditions telles que l’eau claire et les bonnes céréales prédestinent le Vinschgau à cette activité. L’architecte Werner Tscholl a relevé le défi.

Photo : René Riller
Photo : René Riller
L'accès public se fait par une seule porte. Lorsque celle-ci est fermée, elle s'intègre complètement dans la façade et disparaît.

BAUMEISTER : La distillerie de whisky “Puni” est unique non seulement dans le Tyrol du Sud, mais aussi dans toute l’Italie. Comment le contrat de construction a-t-il été passé et comment avez-vous trouvé l’idée d’une distillerie dans votre pays ?

Werner Tscholl : C’est une histoire un peu plus longue. La première fois que j’ai entendu parler de cette idée, c’était lors de la restauration du château de Sigmundskron, le Messner Mountain Museum de Bolzano. Albrecht Ebensprenger, fondateur de la distillerie de whisky, est lui-même maître d’œuvre et rénove de vieux châteaux. Lors de la clôture du projet commun à Bolzano, nous nous sommes assis en équipe et lui avons demandé sur quel projet il aimerait travailler ensuite. Sa réponse : une distillerie de whisky. Nous nous sommes alors tous regardés et avons souri. Il était tout simplement impensable que quelqu’un ait l’idée de construire une distillerie de whisky dans le Vinschgau. Quelques années plus tard, il est revenu vers moi et m’a demandé directement : Veux-tu me concevoir cette distillerie ou non ? Après une brève hésitation – est-ce qu’il plaisante maintenant ? – j’ai bien sûr dit oui.

B : Mais le whisky n’a-t-il pas besoin de l’air marin et des tourbières écossaises ?

W T : Non, ce qui est important, c’est l’eau pure et cristalline. Et nous l’avons aussi ici, dans le Vinschgau. Puni n’est pas seulement le nom de la distillerie, c’est aussi une rivière du Haut-Val Venosta, dont l’eau est utilisée pour le whisky.

B : Et la tradition d’une distillerie de fruits ou de céréales est en fait aussi présente dans le Vinschgau, n’est-ce pas ?

W T : Oui, la tradition serait là. Mais personne n’a jamais eu l’idée de construire une distillerie de whisky. L’idée est pourtant tout à fait pertinente : le Vinschgau était autrefois le grenier à blé du Tyrol. On y cultivait beaucoup de bonnes céréales. Et les céréales sont, avec l’eau, l’ingrédient principal du whisky. Le Vinschgau est donc prédestiné à accueillir une distillerie de whisky, son propre whisky.

Photo : René Riller
Photo : René Riller
Le deuxième étage abrite un appartement. La seule ouverture dans la façade appartient à la terrasse pour la vue sur le paysage.

B : Quand on pense au Tyrol du Sud et à ses matériaux de construction, on n’associe pas immédiatement les bâtiments en briques rouges. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

W T : Dans les régions rurales du Tyrol du Sud, les briques rouges sont couramment utilisées pour les fenêtres d’aération des bâtiments agricoles. Les motifs de trous de briques sont utilisés depuis très, très longtemps, par exemple pour bien aérer le foin. Pourtant, ce n’est pas très présent. Ce n’est qu’après coup que j’ai découvert qu’il y avait un tel bâtiment de ferme en face de la maison où j’ai grandi. Ce schéma m’a clairement marqué inconsciemment pendant ma jeunesse. Et comme la distillerie de whisky est un bâtiment d’exploitation moderne, cette association me convient.

B : La construction traditionnelle autour de Glurns vous a-t-elle également influencé à d’autres égards ?

W T : Le Haut-Vinschgau est un lieu roman. Cela signifie que l’architecture est très austère et pauvre ; les matériaux sont simples et uniformes – c’est ce que nous voulions montrer : cette austérité, ce romantisme. En principe, la brique est un matériau de construction tout à fait modeste, mais qui, ainsi assemblé et malgré sa simplicité, dégage une certaine dignité. L’atmosphère d’un lieu nous intéresse plus que les constructions traditionnelles en grange.

B : La brique et son format ont donc été déterminants pour la forme architecturale ?

W T: Tout à fait. Le maître d’ouvrage est un très bon bâtisseur et devait donc construire lui-même sa distillerie de whisky. Nous voulions le défier en tant que maçon et concevoir une distillerie qui, au final, paraîtrait très simple, mais serait extrêmement difficile à construire. Chaque ligne horizontale et verticale devait être correcte pour que le bâtiment donne cette impression. Si une brique sortait de l’alignement, on le remarquerait immédiatement. C’était une aventure. Mais le maître d’ouvrage a bien réussi, car ce sont de vrais spécialistes qui étaient à l’œuvre. Et comme tout est fait à la main – même la cuisson des briques -, le projet était réalisable en termes de coûts. Le fait de distiller du whisky et des briques a également déterminé le choix des matériaux.

B : Y a-t-il aussi des qualités de construction de la brique ?

W T : Oui, l’élément d’aération que possèdent les briques. En outre, il avait été envisagé à l’origine d’utiliser des briques de verre. Mais cela n’aurait pas eu de force historique. La brique a déjà été utilisée tant de fois dans l’histoire, et c’est justement cette histoire qu’elle doit refléter ici.

Photo : René Riller
Photos : René Riller
Au sous-sol se trouvent les silos, le moulin, les alambics ainsi que la cave de dégustation pour les visiteurs et visiteuses.
Photo : René Riller

B : La brique utilisée est-elle un produit régulier ?

W T : À l’intérieur, on a utilisé des briques courantes de 12 par 24 centimètres. Mais elles étaient trop petites pour la façade extérieure et les ouvertures de fenêtres. C’est pourquoi nous avons décidé de fabriquer nous-mêmes les briques et de doubler leur taille : 24 centimètres sur 48. Les blocs auraient été beaucoup trop lourds dans ce format s’ils avaient été entièrement remplis, et cela n’aurait pas été techniquement réalisable. C’est pourquoi les blocs de briques – 5.500 au total – ont été coulés spécialement en creux. En outre, nous ne pouvions pas utiliser de mortier, car on aurait vu l’espace entre les joints. Nous avons dû coller le tout.

B : Quel effet spatial avez-vous recherché avec le motif des briques ?

W T : La façade en briques trouées nous a permis plusieurs choses. De l’extérieur, on peut certes regarder à l’intérieur, mais on ne voit pas clairement ce qui se passe à l’intérieur. Une atmosphère mystérieuse se dégage, comme c’est le cas lorsque l’on brûle de l’alcool. À l’intérieur, nous avons cette lumière diffuse, ce qui crée une atmosphère tout aussi mystérieuse. En même temps, chaque trou dans la façade en briques donne à voir une petite image parfaite comme un fragment du paysage. Les images se recomposent ensuite devant l’œil de l’esprit pour former une image globale.

B : Pourquoi le bâtiment est-il constitué de deux enveloppes indépendantes – une enveloppe intérieure faite de surfaces vitrées réfléchissantes et de panneaux noirs, et une enveloppe extérieure en briques de ciment ?

W T : Il y a deux raisons à cela. D’une part, nous voulions créer un seuil que les visiteurs franchissent sans entrer directement dans le bâtiment. Nous leur avons ainsi permis de faire un tour pour voir la façade en briques de l’intérieur et, en même temps, de voir vaguement les pièces de la distillerie à travers la façade en verre réfléchissante. Cet espace intermédiaire et le fait qu’il n’y ait qu’une seule petite entrée apportent une certaine mystique. Les visiteurs le ressentent : ils entrent et deviennent plus calmes, presque dévots. La deuxième raison est très simple : nous ne connaissions rien à la distillation du whisky ou à la construction d’une distillerie fonctionnelle. Avec une façade en saillie, il nous est possible de modifier constamment l’espace intérieur pour la fonction, sans intervenir sur l’enveloppe architecturale ni être dépendant des fenêtres. En même temps, nous masquons la vue sur les changements intérieurs. Pendant la construction, nous avons pu réagir aux suggestions des ingénieurs écossais et perfectionner l’intérieur afin de créer une véritable distillerie écossaise.

Photo : René Riller
Photos : René Riller
Le rez-de-chaussée est visuellement relié au sous-sol par des caissons en verre.

B : Dans quelle mesure l’architecture écossaise a-t-elle joué un rôle dans la conception ?

W T : C’était la première fois que nous concevions quelque chose comme ça. C’est pourquoi nous avons beaucoup voyagé et visité des distilleries ; nous voulions être conseillés par des Écossais expérimentés – et nous l’avons été. Mais nous avons tout mis en œuvre différemment de ce qui se fait en Écosse. Même les bulles sont certes fabriquées en Écosse, mais selon les propres idées du maître d’ouvrage. Lors de toutes nos visites en Écosse et dans les distilleries que nous avons visitées dans toute l’Europe, nous avons remarqué une chose : Les distilleries sont généralement chaotiques. Il y a des silos, des cuves en acier inoxydable, des hangars, des entrepôts, des salles de production et bien plus encore. Un bâtiment de distillerie est toujours un conglomérat qui s’est formé lentement, mais qui ne s’accorde en fait nulle part. Il n’y avait pratiquement pas d’ancienne distillerie qui soit vraiment belle. Ce n’est pas ce que nous voulions. Nous voulions créer un bâtiment homogène et fermé, dans lequel nous aurions intégré dès le départ tout ce qui aurait été ajouté au fil des ans. Nous voyons donc l’influence de l’Écosse dans le fait que nous n’avons pas imité les collections écossaises, mais leur expérience, et que nous avons rassemblé les espaces fonctionnels nécessaires de manière compacte dans un seul bâtiment.

B : La distillerie a été achevée il y a presque dix ans. Comment a-t-elle été accueillie par les Tyroliens et les Tyroliennes du Sud ?

W T : Elle est très bien accueillie dès le premier jour, car les visiteurs et visiteuses – qu’ils soient spécialistes ou non – comprennent ou apprennent de manière très intuitive ce que nous voulions exprimer. C’est pour moi l’un des critères les plus importants en matière d’architecture.

B : Dans le Vinschgau, il a longtemps régné une monoculture fruitière agricole, dont la biodiversité et la culture architecturale ont souffert. Diriez-vous que la distillerie de whisky a réussi à rendre la production de seigle locale attractive ?

W T : Il y a en tout cas une impulsion. Lorsque l’on traverse aujourd’hui le Vinschgau, on remarque que de nombreux champs de céréales apparaissent à nouveau et que les agriculteurs font revivre la tradition. De tels changements ne se font évidemment pas du jour au lendemain, et dix ans, c’est peu. Il faudra encore plusieurs impulsions, mais c’est un début. Depuis que la distillerie existe et que davantage de céréales sont cultivées, la conscience des gens a changé. Ce qui me fascine le plus dans ce projet, c’est que quelqu’un vienne montrer ce qu’est un paysage, comment il était dans l’histoire, ce qui a été cultivé et ce qui y est possible. Avec son idée, le maître d’ouvrage a transposé cela dans la réalité et a fait bouger les choses dans ce paysage.

Plans : Werner Tscholl Architecte
Plans : Werner Tscholl Architecte
Plans : Werner Tscholl Architecte
Plans : Werner Tscholl Architecte
Plans : Werner Tscholl Architecte
Plans : Werner Tscholl Architecte
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