De la place de marché représentative à la petite place de quartier : la conception de places urbaines fait partie des disciplines préférées des architectes paysagistes*. Dans le numéro de décembre 2022, nous présentons les derniers projets phares dans l’espace européen et discutons, avec un regard particulier sur le changement climatique et les conflits d’utilisation, de ce qu’une place urbaine doit être capable de faire aujourd’hui, selon l’échelle.
Places urbaines - La G+L en décembre 2022. Photo de couverture : Paola Corsini
Faire ses courses au marché hebdomadaire, rencontrer des amis, faire courir les enfants
En règle générale, les décisions du jury concernant de nouvelles places m’ennuient. “… un lieu où il fait bon flâner, durable, respectueux du climat, qui s’intègre clairement et bien dans l’environnement urbain”. Ils se ressemblent tous. On n’a automatiquement plus guère envie de regarder le projet gagnant. Il peut être aussi bon que possible. Mais bon sang, il s’agit ici de places urbaines ! Elles doivent justement être capables de faire beaucoup plus. N’est-ce pas ?
Sur les places de la ville, on rencontre spontanément des amis et des connaissances, de jour comme de nuit, sans grand rendez-vous ou texte de va-et-vient, on passe à vélo, on s’arrête brièvement ou plus longtemps, on achète des fruits et des légumes au marché hebdomadaire, on boit peut-être un ou deux verres de vin le soir, on se salue à peine, on s’attarde, on laisse les enfants courir dans tous les sens, on fait un signe de tête aux plus âgés, on échange quelques mots aimables sur la façon dont les choses se passent et on rentre chez soi, heureux.
Séjour difficilement planifiable
C’est du moins l’idée romantique que je me fais de la vie sur une place de ville. Et je dois l’admettre : Ce n’est pas une réalité. Il y a de la vie en ville, oui, mais de moins en moins sur la place de la ville. L’un ou l’autre sans-abri y repose plutôt. C’est aussi très bien, mais dans ce pays, rares sont les places qui ont quelque chose à voir avec une piazza vivante.
Nous devons reconnaître trois points : 1) L’utilisation des places urbaines, des places de quartier, mais aussi des places représentatives comme celles de l’église ou de la mairie, évolue. De manière continue. 2) Le séjour effectif est difficilement planifiable – ce que confirment d’ailleurs les architectes paysagistes VOGT dans leur article sur la Klosterplatz Einsiedeln. 3) Nous avons un problème massif avec trop de surfaces imperméables dans la ville.
La place de la ville devient une forêt urbaine
Alors pourquoi ne pas utiliser l’espace autrement et réagir à ces trois points ? Nous pourrions tout simplement jeter par-dessus bord tout ce que nous savons sur les places urbaines et installer partout des biotopes urbains, des forêts urbaines ou des bassins de rétention urbains sur les places existantes. Ou alors, nous pourrions oser un mélange et agir davantage en fonction des besoins de chaque espace (et de chaque ville).
Les projets présentés dans ce numéro montrent à quoi cela peut ressembler. On y trouve entre autres S2L, qui a réalisé à Genève un projet impassible mais d’une intelligence maximale, le bureau danois SLA, qui a transformé des places urbaines en forêts urbaines à Silkeborg, ainsi que l’idée d’une place urbaine couverte dans le cadre du projet controversé de tour Herzog & de Meuron de la Paketposthalle à Munich.
Quoi qu’il en soit, le potentiel de nouveaux projets géniaux est là. En route donc vers un avenir où, espérons-le, la lecture des décisions du jury sera bientôt plus agréable et éveillera la curiosité.
Le G+L 12/22 sur les “places urbaines” est disponible dans notre boutique.
Le numéro de G+L avec commissaires invités est paru en novembre. La thèse du bureau d’architectes paysagistes SINAI dans ce numéro : nous sommes à la veille d’un tournant radical dans la culture de notre production d’espace. Pour en savoir plus, cliquez ici.
