La construction impose une idée dans un bâtiment – c’est pourquoi Rene Van Meeuwe voit le potentiel de l’architecture dans l’idée. Avec des architectures non réalisées des 100 dernières années, il fait le lien avec le thème principal de Koolhaas.
Baumeister : Comment décririez-vous en quelques mots le concept de votre pavillon ?
Rene Van Meeuwen : “Augmented Australia : 1914-2014” est une série de 23 projets non réalisés, en accord avec le thème de Koolhaas “Absorbing Modernity : 1914 – 2014”. Elle repose sur une technologie innovante appelée “réalité augmentée”, que les visiteurs peuvent télécharger sur leur propre appareil à l’aide d’une application. L’exposition elle-même se tiendra dans notre pavillon temporaire “The Cloud”. On pourra y découvrir à la fois l’exposition australienne et télécharger l’application Augmented Australia sur iTunes ou Google Play.
B : Comment se présente exactement le lien avec le thème général “Fundamentals 1914 – 2014” ?
R V M : Nous pensons que l’architecture non réalisée est particulièrement éloquente. L’état de la construction impose la transformation d’une idée en un bâtiment. En revanche, les travaux non construits restent des idées. Nous les utilisons pour de nombreux projets qui ont été élaborés au cours des 100 dernières années, mais qui n’ont jamais été réalisés. Nous espérons ainsi pouvoir expliquer la relation entre l’architecture australienne et celle d’autres pays.
B:Vous vous concentrez donc sur des projets non réalisés. Pourquoi ce point de vue est-il typique et peut-être unique à l’Australie ?
R V M : L’Australie a en principe l’une des civilisations les plus anciennes. Pourtant, c’est l’une des nations qui s’est adaptée le plus tardivement à l’Occident. L’Australie n’a été colonisée qu’il y a environ 200 ans. Notre héritage a été importé d’Europe. C’est pourquoi l’exposition examine le patrimoine australien des 100 dernières années. En Amérique et en Europe, les influences et les tendances architecturales peuvent facilement être échangées entre différents pays. En revanche, l’Australie est une île. Cela signifie qu’il existe des frontières géographiques qui entravent le flux de la mondialisation et, par conséquent, le flux des tendances architecturales. Cela nous permet de considérer l’architecture australienne comme moins influencée par les traditions et les modes. Il en résulte une expérience : nous essayons de voir si l’architecture australienne peut aider à définir les différences de manière plus claire que d’autres pays. Et ce, précisément en raison de la relation que l’Australie entretient avec d’autres pays. L’état de l’Australie peut être illustré par l’exemple suivant : Dans les années 1960, une tribu d’indigènes qui n’avaient jamais rencontré de Blancs auparavant a émergé de notre immense désert. Au début, ils pensaient même que les Blancs étaient des fantômes. Au même moment, pas très loin de là, Pier Luigi Nervi a conçu une cathédrale pour l’enclave espagnole de New Norcia en Australie occidentale, qui suit une tradition rationaliste du Vatican à Rome.
B : Vous parlez beaucoup d'”héritage”. Pouvez-vous expliquer un peu plus précisément votre conception de ce terme ?
R V M : Il y a deux aspects différents au sein d’Augmented Australia, l’historique et le contemporain. Les projets historiques sont une vénération et une documentation de notre héritage. Nous le faisons revivre pour qu’il s’inscrive dans le vaste schéma de Koolhaas et pour raconter une histoire sur l’évolution de l’architecture en Australie et dans le monde entier. Le projet contemporain est au contraire une vénération de notre état actuel. Les modes de pensée modernes et les tendances de notre profession sont documentés. Même s’il n’y a pas encore de résultats, je dirais que le principal indicateur que nous avons trouvé dans cette expérience est le suivant : Il existe une culture de la vénération des idées dans l’architecture australienne. J’ai hâte de visiter l’ensemble de l’exposition pour développer encore plus tous ces aspects.
B : L’un des souhaits des commissaires était d’initier un dialogue entre les différents pays. Dans quelle mesure le concept de votre pavillon est-il en mesure de dialoguer avec le pavillon d’une autre nation ?
R V M : La collection de projets historiques traite principalement des liens, des réseaux et des tendances mondiales en architecture. Que ce soit par le biais d’associations, de voyages ou d’immigration, de nombreux architectes sont liés les uns aux autres. C’est pourquoi il existe de forts parallèles entre les projets historiques australiens et l’architecture d’autres pays. Ces parallèles seront mis en évidence dans notre collection. Les projets contemporains montreront comment ces influences et ces liens sont visibles à l’ère moderne et numérique. D’une certaine manière, l’Australie tirera profit des travaux de tous les pays. Le projet historique portera sur l’Europe et l’Amérique. Du fait que nous sommes situés dans la région Asie-Pacifique, nous avons une réaction climatique et culturelle à notre architecture contemporaine qui est différente de celle que nous avons ailleurs. C’est le thème de notre projet contemporain.
Illustration : Minifie van Schaik, Caught Unawares, 2013, Sydney, New South Wales, Australia. Reconstruction numérique par Ben Juckes. Courtesy : felix.
Traduit de l’anglais par Jördis Bunse
