17.01.2026

Expositions

Patti Smith et le Soundwalk Collective créent une bande-son pour le changement climatique

Stephan Crasneanscki et Patti Smith, 2025 © Courtesy Stephan Crasneanscki, Patti Smith

Stephan Crasneanscki et Patti Smith, 2025
Courtesy Stephan Crasneanscki, Patti Smith

La Friedrichstraße berlinoise est actuellement bien plus qu’une simple artère vibrante. Là où les passants se déplacent entre les bureaux, les cafés et les galeries, se dresse un billboard du Neue Berliner Kunstverein (n.b.k.) qui oblige à s’arrêter.Il ne s’agit pas d’une affiche publicitaire, mais d’une intervention artistique :“Cry of the Lost | Prince of Anarchy”, une collaboration entre leSoundwalk Collectiveet la musicienne et poétessePatti Smith.

Ce projet franchit les frontières entre les formes d’art et les continents. Il transforme des enregistrements de paysages éloignés, des traces de l’histoire et des voix de révolutionnaires en paysages sonores que Patti Smith enrichit de sa poésie. Ensemble, ils créent une sorte de bande-son sur le changement climatique – une archive acoustique de la menace, mais aussi un écho poétique de la nature.


Un poème sonore sur la disparition

Deux textes constituent le cœur de cette installation. Dans“Cry of the Lost“, Patti Smith élève sa voix en une dénonciation poétique : il s’agit de la perte des espèces, de la menace d’un effondrement écologique et du sentiment qu’un monde entier est en train de s’éteindre. Sa récitation est accompagnée de sons qui rendent audibles des réalités à peine supportables : Des enregistrements sous-marins d’ondes de choc projetées dans les océans lors de la découverte de gisements de pétrole. Ces secousses ne détruisent pas seulement le silence marin, mais désorientent mortellement les baleines et les dauphins.

Le deuxième poème,“Prince of Anarchy”, est dédié à une figure historique :Piotr Kropotkin, le naturaliste et anarchiste russe. Smith associe ses idées d’une société sans domination aux bruits de la fonte des glaciers. La glace se brise, comme si la terre elle-même voulait dire sa vulnérabilité.

Stephan Crasneanscki, Patti Smith, Cry of the Lost | Prince of Anarchy, 2025, vue de l'installation au croisement de la Friedrichstrasse et de la Torstrasse, à portée de main du nouveau Berliner Kunstverein (n.b.k.), 2025 © photo : n.b.k. / Jens Ziehe
Stephan Crasneanscki, Patti Smith, Cry of the Lost | Prince of Anarchy, 2025, vue de l'installation au croisement de la Friedrichstrasse et de la Torstrasse, à portée de main du nouveau Berliner Kunstverein (n.b.k.), 2025 © photo : n.b.k. / Jens Ziehe

Le principe de Soundwalk Collective

Derrière ces paysages sonores se cacheStephan Crasneanscki, fondateur du Soundwalk Collective. Depuis des décennies, il collecte des enregistrements de terrain dans des régions reculées du monde – des forêts tropicales amazoniennes aux glaciers du Groenland en passant par la toundra sibérienne. Pour Crasneanscki, ces enregistrements sont plus que de la documentation : ce sont des “sonic memories”, des empreintes acoustiques de lieux marqués par l’histoire humaine, les catastrophes naturelles et le changement climatique.

Crasneanscki compare ses compositions à de la peinture : chaque couche d’un son porte une texture, un poids qui lui est propre et qui, en interagissant, crée une image sonore dense et immersive. À Berlin, cette complexité acoustique s’entrecroise avec des niveaux visuels :Des poèmesmanuscritsde Patti Smith, des images satellites de la glace en train de fondre, des notes tirées des archives de Jean-Luc Godard et des études photographiques forment une image à plusieurs niveaux de la crise mondiale.


Un échange de lettres artistiques

La rencontre entre Smith et Crasneanscki était fortuite, mais elle a débouché sur une collaboration de plus de dix ans intituléeCORRESPONDENCES. Le cycle est un dialogue artistique continu : Smith réagit avec poésie aux enregistrements de terrain de Crasneanscki, qui donnent à leur tour lieu à de nouvelles compositions et installations.

Cet échange n’est pas nostalgique, mais très actuel. Crasneanscki fait remarquer qu’en moins d’un siècle, environ 70 pour cent du monde sonore naturel a disparu – les forêts tropicales bruissent moins fort, les paysages marins se taisent, les voix des animaux manquent. Le Billboard de Berlin devient ainsi un mémorial acoustique, unebande-son sur le changement climatique qui ne transfigure pas, mais rappelle.


Des albums aux collages visuels

Parallèlement aux installations sonores, le Soundwalk Collective a développé unconcept multimédia qui associe les sons aux images : Des photographies de la NASA, des notes manuscrites, des films et des esquisses se fondent en collages qui ajoutent une couche visuelle à chaque projet. Ces collages sont devenus les couvertures d’album – une symbiose de souvenirs acoustiques et visuels.

Jusqu’à présent, deux albums communs sont sortis :Correspondences #1etCorrespondences #2, que l’on peut écouter sur les plateformes de streaming courantes. À Berlin, la pochette de la troisième collaboration est désormais visible pour la première fois :Correspondences #3, qui s’intitule“Cry of the Lost | Prince of Anarchy“. Le billboard du n.b.k. fait ainsi office depremière berlinoise en avant-premièrede cet album et transforme la ville elle-même en espace d’exposition.

Avec“Cry of the Lost | Prince of Anarchy“, Patti Smith et le Soundwalk Collective transforment la Friedrichstraße de Berlin en un forum de réflexion artistique sur le changement climatique. Le billboard est plus qu’un écran de projection : c’est une fenêtre sur un monde de sons, de poésie et d’images qui montre ce que nous perdons – et ce qu’il faut préserver.
La bande-son du changement climatique devient ainsi non seulement audible, mais aussi visible – au cœur du quotidien urbain.

L’installation està voirdans le cadre de la série de billboards n.b.k. jusqu’au22 février 2026.

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