On meurt toujours. Mais plus assez, écrit Henning Sußebach le 3 novembre dans l’hebdomadaire “Die Zeit”. Il conclut ensuite que de nombreux citoyens préfèrent disperser leurs cendres plutôt que d’acheter une tombe. Sußebach formule un problème auquel le métier de tailleur de pierre doit également faire face : même les cimetières peuvent mourir. Pour vivre, ils ont besoin de morts. Or, ceux-ci sont de moins en moins nombreux dans les cimetières traditionnels. Ils ont de la concurrence. Les personnes vivant dans une “société multi-options” ne veulent plus se plier au schéma en damier des cimetières. Les cimetières ne sont aujourd’hui qu’une option parmi des possibilités d’inhumation très différentes.
Les conséquences sont claires : pas de cimetière, pas de tombe, pas de pierre. Le métier de tailleur de pierre est mis au défi. Les signes funéraires peuvent contribuer à maintenir les cimetières en vie. Toutefois, ces signes doivent avoir un sens, un message, une valeur pour les survivants. “Du sang d’enfants indiens adhère aux pierres tombales allemandes” ou “Des pierres tombales issues du travail des enfants se trouvent dans les cimetières allemands”. Des informations comme celles-ci font parler des marques sur les tombes. “Le travail des enfants pour les pierres tombales est à nouveau autorisé”, pouvait-on lire le 16 octobre dans le quotidien “Nürnberger Nachrichten” : Dans un jugement, le tribunal administratif fédéral avait annulé le règlement du cimetière de Nuremberg. La ville voulait s’assurer qu’aucune pierre tombale façonnée par des mains d’enfants ne puisse être installée dans les cimetières municipaux. Un tailleur de pierre a porté plainte. Il a gagné ! Mais quoi ? Qui doit vérifier dans quelles conditions les pierres sont fabriquées, ont demandé les juges. Il faut une certification avec des critères contraignants. Juridiquement, il n’y a rien à redire.
Toutefois, de nombreux certificats relatifs à des normes sociales ou écologiques ne valent guère la colle avec laquelle ils sont apposés sur un produit. C’est maintenant à chaque artisan de décider quels signes funéraires il propose et avec quelles pierres il travaille. Une fois de plus, le produit pierre tombale fait parler de lui au lieu de faire parler de lui. C’est agaçant.
Le sujet de Willy Hafner dans STEIN en décembre 2013.
Image : Aeternitas e.V.
