23.01.2026

Society

Les “bruiteurs” écoutent à Berlin

Déplacer pour améliorer
L'image montre un pot d'échappement de voiture d'où s'échappe de la vapeur.

Les radars de bruit réagissent au bruit excessif des voitures... credits : Matt Boitor via unsplash

En France, en Grande-Bretagne et en Suisse, des radars de bruit sont déjà utilisés pour réduire les nuisances sonores dues au trafic routier. L’Allemagne lance à son tour un projet pilote. Le premier radar de bruit de la République fédérale se trouve dans la capitale, Berlin, sur le Kurfürstendamm. Les détails du projet sont disponibles ici.


Les radars de bruit collectent des données à Berlin

L’article 1 du code de la route définit l’une des règles de base les plus importantes dans la circulation routière. Il stipule qu’il faut éviter de gêner les autres usagers de la route sous quelque forme que ce soit par son propre comportement. Ce que l’on appelle l’autoposting – c’est-à-dire les accélérations bruyantes, le vrombissement du moteur ou le crissement des pneus – tombe précisément sous le coup de cette infraction de nuisance pour autrui. Malgré cela, il est souvent difficile de les sanctionner. Pour lutter contre cette pratique, Berlin ose désormais une nouvelle étape. Fin mai, un radar à bruit a été installé dans la capitale. Situé directement sur le Kurfürstendamm, il s’agit du premier appareil de ce type en Allemagne. Pendant huit semaines, il “écoutera” le trafic et collectera des données à la hauteur de la Gedächtniskirche. Il s’agira ensuite d’évaluer ces données en collaboration avec l’Université technique de Berlin. Les responsables espèrent pouvoir déterminer dans quelle mesure le prototype est capable de détecter les usagers de la route bruyants.


Discret dans la rue

Pour remplir sa mission, l’avertisseur de bruit est équipé de quatre microphones et d’une caméra grand angle de 180 degrés. Toutefois, à ce stade, l’appareil n’enregistre que des impressions auditives. Les données ne fournissent ainsi que des informations sur la source sonore. Les informations personnelles sur le propriétaire du véhicule ne sont pas collectées. Par conséquent, le projet pilote n’envisage pas encore de poursuites judiciaires. La sénatrice des transports Manja Schreiner (CDU) parle d’une évaluation purement scientifique. Grâce à ce projet, on veut s’assurer que les données sont fiables en cas d’urgence. Il serait alors possible à l’avenir de sanctionner les contrevenants à l’aide du radar. L’appareil reste le plus discret possible dans l’espace urbain. Contrairement aux radars habituels, le radar antibruit n’émet pas de signal lumineux dès qu’il enregistre une infraction liée au bruit. Pour la sénatrice des transports Schreiner, il s’agit d’une décision consciente : “Nous voulions aussi éviter cela. Nous ne voulons pas non plus apporter de l’eau au moulin et créer une confirmation de l’ego”.


Critique des radars de bruit

Les réactions au projet pilote sont contrastées. L’ADAC Berlin-Brandenburg, par exemple, est critique à l’égard des radars de bruit. Comme l’emplacement des appareils se répand rapidement, ils déplaceraient certes le problème dans la ville, mais ne l’empêcheraient pas. Le directeur des transports Martin Koller estime que la solution pour venir à bout de l’autoposing à Berlin réside dans d’autres mesures : “Pour sanctionner les infractions intentionnelles comme celles-ci, nous estimons qu’il faut davantage de contrôles et de présence policière, notamment dans les points chauds comme le Kurfürstendamm”.


Stratégies à l'étranger

En revanche, dans d’autres pays européens, les radars antibruit sont déjà de plus en plus utilisés. Ainsi, la technologie installée sur le Kurfürstendamm provient également de France. A Paris, les “Hydras” documentent déjà depuis 2022 le comportement sonore dans le trafic urbain. Des projets pilotes sont également en cours en Grande-Bretagne. Depuis l’automne dernier, des caméras sensibles au bruit observent le comportement du trafic sur quatre sites. La ministre des transports Anne-Marie Trevelyan espère un effet positif sur la circulation et le bruit dans le royaume : “I hope this technology paves the way for quieter, peaceful streets across the country”. Le gouvernement britannique a investi 300 000 livres dans le projet. En revanche, environ 10 milliards de livres sterling de coûts sociaux sont générés chaque année par le bruit des routes urbaines. Par exemple, les pertes de productivité dues aux troubles du sommeil et aux soins de santé.


Atteintes à la santé dues au bruit

L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) démontre également les effets négatifs du bruit routier, qui vont bien au-delà des dommages auditifs. ” Ces effets graves comprennent les maladies cardiaques ischémiques, l’hypertension artérielle, l’obésité et le diabète”, déclare Eulalia Peris, experte en bruit ambiant à l’AEE. En Europe, un habitant sur cinq est concerné par le bruit excessif.

Pour remédier à cette situation, la Commission européenne a publié un plan d’action “zéro pollution” dans le cadre du Green Deal européen. Celui-ci a notamment pour objectif de réduire de 30 % d’ici la fin de la décennie la proportion de personnes “gênées de manière chronique par le bruit de la circulation” par rapport au niveau de 2017.

Le projet parisien est né de l’urgence de la thématique. La capitale française est en effet considérée comme l’une des métropoles les plus bruyantes d’Europe. Une étude réalisée en 2021 a révélé que plus de 5,5 millions de personnes sont exposées à des niveaux de bruit routier de 55 décibels ou plus. Après une phase pilote initiale, les Hydras doivent désormais pouvoir identifier les propriétaires de véhicules* à partir de cette année. En cas d’infraction, des amendes pouvant aller jusqu’à 135 euros pourraient être infligées à l’avenir.


Les radars antibruit sont-ils une mesure suffisante ?

En Allemagne aussi, il est prévu de durcir le catalogue des amendes. Le projet pilote de Berlin devrait fournir des informations essentielles à ce sujet. La phase de test actuelle a été fixée à huit semaines. Il ne faut toutefois pas s’attendre à une publication des résultats avant juillet 2024. En effet, c’est à ce moment-là que les données collectées devront être intégrées dans le nouveau plan d’action contre le bruit pour Berlin. On ne sait pas encore dans quelle mesure les radars de bruit suffiront à résoudre le problème. Eulalia Peris de l’AEE doute toutefois que les mesures prises jusqu’à présent soient suffisantes pour ramener le niveau de bruit dans l’UE à un niveau acceptable pour la santé : “Même avec un niveau élevé de mise en œuvre de certaines mesures, il pourrait encore être difficile d’atteindre ces objectifs fixés par la Commission. Il faut faire davantage”.

Le bruit n’est pas le seul problème en ville. La pollution de l’air est également considérée comme une menace sérieuse.

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