C’est un rêve de l’humanité que de pouvoir planer au-dessus du monde comme un oiseau, loin de toute pesanteur terrestre. Dans leur film “Vol du jardinier nomade”, l’architecte paysagiste Kamel Louafi et le cinéaste Jan Trottnow nous emmènent dans cet état d’apesanteur et d’aisance.
Vu presque exclusivement du ciel – grâce à la caméra du drone – l’œuvre de Louafi défile devant nos yeux : des sculptures artistiques de haies et de bronze sur la place des Cinq Continents à Esch-sur-Alzette, au Luxembourg, des pavés de broderie éthérée devant l’hôtel de ville de Hanovre, les espaces libres de l’exposition universelle EXPO 2000 ainsi que les jardins de la mosquée Sheikh Zayed à Abou Dhabi. Louafi lui-même est ce jardinier nomade du titre du film, né en Algérie et installé à Berlin depuis 1980. Dès le début du film, le maître des parcs est assis dans la salle obscure comme dans un cabinet de curiosités, esquisse ses principes sur une bonne vieille table à dessin et bavarde dans le plus pur style narratif oriental. Il parle de succès et d’échec ou de sa philosophie de travail, qui ne signifie rien d’autre que d’articuler l’imaginaire. Enfin, lorsqu’il dessine, il imagine l’effet de sa création au printemps ou en hiver, voire dans cent ans, alors qu’il sera lui-même tombé en poussière depuis longtemps. L’art du jardin pour l’éternité ? Tout à fait !
L’interview est accompagnée de textes de Louafi, de sa collaboratrice de longue date Dörte Eggert-Heerdegen et d’autres auteurs, prononcés en voix off par le cinéaste. Ils ouvrent un niveau méta sur les parcs et les jardins comme “carte de visite des cultures”, sur leur “utopie positive”. Les publications imprimées de Louafi paraissent avec une belle régularité. Il a maintenant réussi à réunir un petit budget pour le film prévu depuis longtemps. Certes, le spectateur aimerait s’approcher encore plus près de toutes ces merveilles du parc, se détacher de la perspective du drone. Mais même si ce tournage n’a pas pu être financé au-delà des prises de vue aériennes, il s’agit d’un manifeste remarquable sur l’architecture paysagère consciente d’elle-même et du portrait d’un artiste-architecte.
Cet article est paru dans G+L 10/2019.
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