Pour comprendre la complexité de l’architecture et de son enseignement, il faut parfois beaucoup moins qu’un voyage autour de la Terre. Il peut suffire d’observer le paysage éducatif d’une seule ville. Que penser de Vienne, par exemple ? Ici, le choix de l’institut peut s’apparenter à une profession de foi avant même le début des études – est-ce que je crois à l’Angewandte / l’Akademie ou à l’Université technique ?
Mon amie Anna Aichinger a étudié à la fois à l’université technique et à l’académie. Sa conclusion : elle ne voudrait pas se passer des deux filières. La différence entre les systèmes commence déjà par la sélection des étudiants : La TU accepte tous ceux qui se présentent, l’académie seulement un sur cinq. Alors que l’on dit que la TU aborde les études d’architecture de manière plutôt pragmatique, l’Académie enseigne les beautés du projet conceptuel. Pour les étudiants, cela signifie qu’il faut en fin de compte se décider : Est-ce que je préfère savoir comment fonctionne mon bâtiment, où sont les issues de secours et quelle doit être la taille des espaces de dégagement, ou est-ce que je préfère pouvoir présenter mes projets, construire des modèles 1:1, raconter des histoires. Cette différenciation se répercute finalement aussi sur la recherche d’emploi. Les étudiants de l’Académie sont souvent débauchés directement après leurs études, par leurs propres professeurs ou par les grands bureaux de concours. Mais si l’on souhaite plutôt concevoir une architecture fonctionnelle, voire devenir chef de chantier, il est beaucoup plus facile d’obtenir un diplôme de la TU. Le quotidien des études dans les deux universités est également très différent. À la TU, on apprend à être autonome et à s’imposer. À l’Académie, on peut poursuivre ses propres objectifs, mais on nous prend par la main et on nous soutient autant que possible. On doit fournir beaucoup d’efforts, mais on peut aussi être sûr de ne pas passer à travers les mailles du filet. Alors qu’à l’académie, on étudie dans de petits groupes familiaux, l’anonymat de la TU nous protège de l’esprit de compétition et du stress social.
Il semble que l’on doive savoir, avant même d’étudier à Vienne, à quel type de personne on appartient. Alors que dans la plupart des villes, cette question n’est jamais posée faute d’alternative, on a le luxe à Vienne d’avoir trois facultés d’architecture d’excellente réputation. C’est justement parce que la concurrence au sein de la ville est si grande que le désir des facultés de se positionner est ici particulièrement évident. Si l’on ne peut pas se décider pour le noir ou le blanc, il reste encore toutes les nuances de gris entre les deux. Selon Anna, il suffit de choisir le meilleur des deux.
Cet article est soutenu par Graphisoft et le salon BAU 2017.