La pierre est au cœur du travail de Thomas Lucker. Avec son studio berlinois RAO, il planifie actuellement le déménagement de grandes architectures et de monuments égyptiens anciens au musée de Pergame. Par ailleurs, Lucker est également actif sur le plan artistique : Pour ses “Archives de pierre”, il sculpte dans la pierre des moments photographiques éphémères.
qu'il avait réalisé pour la paroisse Sainte-Marie à l'occasion de son 60e anniversaire. Photo : Simone Kempert
Pierres dans la chambre noire
Celui qui a appris le métier est perdu pour l’art ? Cette hypothèse populaire est démentie quotidiennement par le travail de Thomas Lucker. Il est tailleur et sculpteur de pierre de formation, artiste diplômé, restaurateur, chercheur et planificateur d’expositions. Loin de toute classification, il associe l’art et l’artisanat, se déplace librement entre les divers défis et genres : “C’est comme ce qu’on appelle la musique E et la musique U, je trouve toute distinction inutile”.
Une ouverture d’esprit qui lui permet d’avoir un large éventail d’expériences et de contacts. Ainsi, l’un de ses derniers projets artistiques est un relief monumental en calcaire qu’il a réalisé pour l’église Sainte-Marie de Berlin-Zehlendorf. Sur douze panneaux, il montre des personnes de deux millénaires dans une procession lâche, au bout de laquelle se trouve le Sauveur.
Lucker se réfère ainsi à la deuxième lettre de Pierre : “Pour le Seigneur, mille jours sont comme une année”. Il a interprété cette phrase en ce sens que même deux mille de nos années pourraient n’être qu’un instant pour Dieu. Les questions du temps et de sa perception jouent un rôle important dans l’œuvre de Lucker : “Le moment de la représentation, la période de la production artistique, le temps propre du spectateur. Le temps subjectif et le temps objectif”.
Depuis 2008, Lucker, qui a notamment étudié l’art libre auprès de Makoto Fujiwara à Hanovre, réalise des têtes, des figures et des reliefs pour ses “archives de pierre”. Pour ce faire, l’artiste a développé une technique unique : Il expose ses œuvres en calcaire de Thüster par voie photochimique dans une chambre noire, en travaillant en partie de manière autobiographique et en utilisant des photos de ses propres albums de famille. Lucker travaille les représentations dans la pierre à l’aide d’une meule, d’un fer et d’une râpe.
Les traces de travail parfois grossières des outils confèrent à l’œuvre une aura sculpturale et haptique. Une teinte lasurée appliquée au pinceau ou à l’éponge crée des transparences, des retouches et des chevauchements qui symbolisent les couches de la mémoire. En gravant des moments éphémères dans la pierre, dans un médium pour l’éternité, Thomas Lucker soulève de nombreuses questions.
Par exemple, dans quelle mesure nous façonnons individuellement notre mémoire et la transformons continuellement. Sur la manière dont les souvenirs communs peuvent effectivement être. Ou sur la question de savoir si ce que nous nous représentons aujourd’hui rétrospectivement comme un héritage culturel est peut-être le reflet d’un passé imaginé. L’histoire, au sens propre du terme.
Le calcaire : un matériau qui a grandi au fond des mers préhistoriques
En raison de sa matérialité et de son histoire, le calcaire est le matériau le plus approprié pour véhiculer son intention, explique Lucker : “La formation par couches de la pierre qui a poussé sur le fond des mers préhistoriques est pour moi une analogie avec la manière dont notre cerveau stocke les souvenirs”.
Depuis 1996, il vit et travaille à Berlin, où il a fondé avec Jan Hamann le studio “Restaurierung am Oberbaum GmbH (RAO)”, spécialisé dans la conservation des monuments historiques, la restauration muséale et archéologique ainsi que la planification de la restauration. Actuellement, les partenaires emploient une équipe bien rodée qui compte environ 25 restaurateurs, sculpteurs, architectes, ingénieurs, historiens de l’art et archéologues.
Les musées d’État de Berlin font partie de leurs clients. Actuellement, RAO est en train de planifier l’installation future de grandes architectures et de monuments égyptiens anciens au Pergamonmuseum, dont une partie sera transférée du musée égyptien de Charlottenburg à l’île des musées, où elle fera partie du parcours inter-collections “Architectures antiques”.
Lucker qualifie ce projet de “mon bébé”. Ces dernières années, certaines pièces d’exposition ont déjà été préparées pour le déménagement, notamment le sphinx de la pharaonne Hatshepsout en granit rose : lors de précédentes restaurations, des ajouts lisses et monochromes en termes de couleurs avaient été ajoutés à la statue. Il en résultait une impression d’ensemble incohérente que Lucker et ses collègues ont prudemment “calmée”.
Lisez la suite dans le numéro 8/2021 de STEIN.

