28.09.2025

Public

L’art de prier

Eduardo Soto de Moura (Portugal).

Quelle entrée en scène ! Pour la première fois, le Vatican se présente à une biennale d’architecture à Venise, et ce avec de véritables constructions d’une ampleur inédite. Sur l’Isola di San Giorgio, le parc a été ouvert au public, avec dix chapelles qui invitent (ou doivent inviter) à un pèlerinage dans le silence de la nature.

Mais le silence n’est pas vraiment de mise pendant la biennale, car un nombre étonnamment élevé de visiteurs, dont de nombreux Vénitiens le week-end, se rendent sur l’île. Francesco Dal Co, en tant que commissaire d’exposition, a invité des architectes de quatre continents – pas seulement des catholiques, loin de là – à réfléchir sur le lien entre la spiritualité et le lieu lié à la nature, un bosquet d’arbres avec une vue ouverte sur la lagune. Le point de départ est la Skogskapellet, construite par Gunnar Asplund en 1918 dans un cimetière de Stockholm. Francesco Magnani et Traudy Pelzel ont conçu un pavillon en bois congénial dans lequel sont exposés les dessins et les plans d’Asplund.


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Terunobo Fujimori (Japon).

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Javier Corvalán (Paraguay).

Les autres architectes ont en partie interprété le type de construction de manière assez libre. Seules deux d’entre elles pourraient être considérées comme des chapelles conventionnelles, comme la salle de recueillement de Terunobo Fujimori (Tokyo), également en bois (flammé), ou le bâtiment prismatique d’Andrew Berman (New York). Tandis que Javier Corvalán (Asunción) habille de bois un cercle techniciste en treillis de tubes d’acier, l’élève en biais et laisse flotter au-dessus une quadruple croix en bois, Carla Juaçaba (Rio) s’interroge sur l’essence d’un édifice religieux et sur la mesure dans laquelle on peut le réduire formellement. Le résultat : une poutre couchée en acier inoxydable qui se plie vers le haut et se transforme en croix grâce à une poutre transversale. Des poutres transversales en béton sous la poutre peuvent être interprétées comme des rangées de sièges. Une autre poutre flottante marque l’extrémité arrière de l'”église”. Un espace est défini avec des moyens très réduits. On renonce même à l’ambon.


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Norman Foster (Grande-Bretagne).

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Sean Godsell (Australie).

Sean Godsell (Melbourne) présente une sorte de cheminée céleste revêtue d’or, qui fait symboliquement descendre l’illumination vers les terriens. Les murs du rez-de-chaussée peuvent être ouverts et la chapelle peut ainsi être ouverte de tous les côtés. Norman Foster livre une construction hybride high-tech avec une structure porteuse en acier et une structure secondaire en bois, sans murs, construite de manière compréhensible, mais sans aucun aspect spirituel. Eduardo Soto de Moura (Porto) formule en quelque sorte la position opposée, en assemblant de lourds blocs de calcaire pour former un espace archaïque et contemplatif avec un parvis. La croix se forme presque par hasard à travers les joints.


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Eduardo Soto de Moura (Portugal).

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Carla Juaçaba (Brésil).

Le degré de liberté artistique, ou plutôt architecturale, qui se manifeste dans la variabilité des solutions proposées, ne pouvait pas être attribué sans autre au Vatican en tant que maître d’ouvrage. Les conceptions d’un lieu dédié au recueillement et au dialogue avec Dieu sont aussi variées que les architectes issus de quatre continents.

Pour une visite, il faut choisir l’heure calme du matin, juste après 10 heures.

Toutes les photos : Gabriele Jaeger.

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