Sou Fujimoto est un grand rêveur d’architecture. Avec ses bâtiments, il explore sans cesse ce qui est possible en architecture. Il est souvent difficile de classer ses bâtiments. L’observateur se frotte les yeux d’étonnement et se demande s’il s’agit vraiment d’un immeuble d’habitation ou plutôt d’une illusion spatiale. Même pour les normes japonaises, ses constructions semblent radicales.
Pourtant, Fujimoto est loin d’être l’égomaniaque typique de l’architecture. Il est plutôt calme et modeste. Avec un charme malicieux, une légèreté poétique et un brin de naïveté, il révolutionne au passage l’architecture.
Avec sa contribution à la Biennale d’architecture de Chicago, dont le titre programmatique est “Architecture is Everywhere”, il met une fois de plus nos habitudes visuelles à l’épreuve. Sur de petits panneaux de bois, il transforme des objets banals du quotidien comme des balles de ping-pong, des chips ou des agrafes en architectures miniatures, en les disposant avec art et en plaçant des hommes miniatures à côté.
Chaque modèle est décrit par une phrase de l’architecte. Pour une simple éponge de cuisine, dont il transforme la structure en un bâtiment d’habitation au moyen de trois hommes miniatures, il écrit par exemple : “People live in bumps and nooks”.
En observant sa maquette d’agrafes, il se demande : “A house like bookshelves ? Or bookshelves like a house ?”
Une balle de plume décapitée est rapidement déclarée tour : “Gather towers to make new tower. Tower fades out and become the new tower. Tower becomes place, place becomes tower”.
Il forme une sculpture architecturale flottante à partir de six balles de ping-pong et écrit à ce sujet : “Being enclose yet open. Individualité et continuité”.
Et comme tout grand révolutionnaire, Fujimoto fait malgré tout appel au passé en croisant les principes des ready-made de Marcel Duchamp avec l’architecture structuraliste des années soixante et soixante-dix et en réinterprétant les deux dans le présent. On attend avec impatience de voir ce qu’il rêve pour l’avenir.
