13.10.2025

Événement

La vie à la campagne – Conseil culturel pour le travail à domicile

CONSEIL CULTUREL HOMEOFFICE : Livre (ILLUSTRATION : JURI AGOSTINELLI)


Gorille de montagne ou rhinocéros noir

Le géographe culturel et chercheur alpin Werner Bätzing a écrit un livre sur la vie rurale. Pour lui, il s’agit d’une forme de vie menacée qu’il convient de préserver. Grâce à son analyse historique critique et approfondie, il souhaite offrir à ses lecteurs un nouveau regard sur la vie rurale. Car – et c’est l’une de ses thèses centrales – nous accordons tous trop peu d’attention aux espaces ruraux à l’ère de l’urbanisation. Et si c’est le cas, l’image que nous avons de la vie rurale est souvent totalement erronée.

Qu’est-ce que la vie rurale ? Des villages vides, en déclin, avec quelques vieux qui restent ? Des bus qui ne circulent plus, des magasins qui n’ouvrent plus, des écoles qui n’ont plus d’élèves, des maisons qui perdent leurs habitants ? Ici, il y a tout le reste, mais pas d’avenir…

Ou alors, prenons plutôt l’autre image, celle des magazines sur papier glacé Landlust ou Landleben. On y trouve des prairies en fleurs, des architectures traditionnelles, des coings en conserve du voisin, des magasins bio et le boucher de la ferme au coin de la rue, peut-être encore le costume traditionnel du dimanche et de jeunes familles qui fuient l’agitation de la ville et montent leur affaire avec une connexion Internet rapide et une vue sur les champs et les pâturages …

Quelle est donc la bonne image ? Werner Bätzing, professeur émérite de géographie culturelle et spécialiste des Alpes, a une réponse claire : aucune. Avec son nouveau livre Das Landleben – Geschichte und Zukunft einer gefährdeten Lebensform (La vie rurale – histoire et avenir d’une forme de vie menacée ), Bätzing a osé s’attaquer à un sujet qui aurait dû être traité depuis longtemps et que la politique a, selon lui, mis à l’ordre du jour bien trop tard : la vie rurale.

Dès le début des années 2000, les milieux politiques ne parlaient que de mesures sans alternative telles que le dépeuplement, la fermeture, le démantèlement, dans le contexte du rétrécissement démographique. Selon Bätzing, cela a conduit à l’amertume des habitants des campagnes, qui perdure encore aujourd’hui et se reflète également dans les succès électoraux de l’AfD. Pour Bätzing, la campagne est prise dans une spirale de dévalorisation – avec d’éventuelles dérives de revalorisation sur la frise chronologique de l’histoire – et la vie rurale est une forme de vie menacée. S’il s’agissait d’un animal, son statut serait sans doute celui du gorille de montagne ou du rhinocéros noir.

De la genèse à l’idée directrice

Il est donc grand temps de se pencher sur le pays. Non seulement en ce qui concerne ses propres problèmes, comme l’émigration, le vieillissement, la faible performance économique, le manque d’approvisionnement et de mobilité ainsi que des structures d’habitat peu agréables à vivre, mais aussi en ce qui concerne les défis que l’urbanisation apporte et qui font que les villes atteignent leurs limites en tant qu’espaces de vie.

Bätzing se consacre depuis les années 1990 déjà à l’objet de recherche que sont les espaces ruraux et offre au lecteur, avec ce livre paru aux éditions C.H. Beck, rien de moins qu’une histoire critique, vaste, densément racontée et préparée dans un style scientifique de la vie rurale. Elle commence par l’apparition de l’agriculture et la sédentarisation de l’homme entre 10.000 et 5.000 avant J.-C. et se termine par la formulation d’idées directrices pour la valorisation et la viabilité des espaces ruraux.

Penser ensemble la ville et la campagne

Bätzing se pose de grandes questions : existe-t-il encore aujourd’hui une vie à la campagne qui ne soit pas marquée par la ville ? Avons-nous vraiment besoin de la vie à la campagne dans le monde moderne ? Ou n’est-elle plus qu’une relique romantique des temps passés ? Selon l’auteur, pour comprendre la vie à la campagne, il faut connaître l’agriculture, les paysages culturels ruraux, la vie au village, les traditions ainsi que les liens étroits qui les unissent. Et : il faut considérer la ville et la campagne comme équivalentes, les penser ensemble. L’un ne va pas sans l’autre. Ils se complètent mutuellement et ne permettent de bien vivre qu’ensemble.

Bätzing fait la distinction – et c’est aussi un point fort du livre – entre différents espaces ruraux. Car toutes les campagnes ne se ressemblent pas. Il y a des espaces ruraux à proximité des agglomérations, des espaces ruraux avec un développement économique positif et des espaces ruraux avec des problèmes économiques et structurels. Et pour tous ces espaces, il faut des idées et des approches différentes. Du point de vue du contenu, l’accent est clairement mis sur la vie rurale en Allemagne – ici, en tant que lecteur intéressé, on aurait certainement apprécié un regard au-delà des frontières.

Un calcul simple

Il n’en reste pas moins que le livre de Werner Bätzing est extrêmement intéressant à lire, c’est une analyse critique, même si elle n’est pas complète. Mais le livre ne peut et ne veut pas non plus le faire. En fin de compte, il manque aussi une perspective globale. Le livre doit être compris comme un appel à préserver un mode de vie important et à développer un regard réaliste et moins enjolivé et plein de préjugés sur le pays. En fin de compte, il s’agit aussi pour Bätzing de reconnaître que sans la vie à la campagne, il ne peut y avoir de vie en ville. Et ce calcul est finalement assez simple.

La vie à la campagne – histoire et avenir d’une forme de vie menacée
Auteur : Werner Bätzing
Maison d’édition : C.H. Beck
302 pages
ISBN 978-3-406-74825-7
Parution le 23 janvier 2020

Vous trouverez ici le dernier conseil culturel : Unterleuten (série de la ZDF).

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