12.11.2025

Événement

La modernité hybride en Inde

Dans les années 50 et 60, deux choses que l’on ne peut pas concilier de prime abord ont prospéré en Inde : le modernisme dans l’architecture et Bollywood. Les deux étaient extrêmement importants pour la société indienne qui venait de se libérer du carcan colonial. Alors que l’architecture, et plus précisément des esprits comme Le Corbusier ou Louis Khan avec des bâtiments comme Chandigarh, montraient que la tradition (qui n’était à l’époque en Inde qu’un autre terme pour désigner l’oppression) était superflue, le cinéma est devenu l’un des principaux médias de la société – après tout, une grande partie de la population ne savait ni lire ni écrire. Une exposition actuelle se consacre de manière très esthétique à cette médiatisation.

Pour la première fois, de grands théâtres cinématographiques ont donc vu le jour en Inde, des architectures modernes de Bollywood comme celle-ci, avec des influences occidentales évidentes. Mais les styles architecturaux locaux s’y sont également mêlés : des couleurs vives, des ornements arabesques et des statues mignonnes côtoient le langage des formes plastique et géométrique de l’Art déco. Les palais du cinéma du sud de l’Inde associent beaucoup de choses – volontiers contradictoires – et ne peuvent donc être résumés que sous le terme d’hybridité. Ce dernier a d’ailleurs été inventé par le théoricien littéraire indien Homi Bhabha et décrit ce que l’on appelle le troisième espace, une sphère intermédiaire qui naît de l’appropriation et du mélange de caractéristiques culturelles locales et coloniales, et qui doit être substantielle pour une confrontation critique avec sa propre culture.

Le troisième espace, la théorie, qui résonne encore de manière un peu abstraite chez Bhabha, est perceptible avec acuité dans les photographies des deux artistes. Les façades frappantes reflètent la société postcoloniale de l’Inde dans sa complexité. Le fait de se tourner vers le style international tout en revenant à la culture locale ne s’oppose pas ici, mais se stimule mutuellement. L’intérieur des cinémas présente également un formatage unique. Les ventilateurs se transforment parfois en éléments décoratifs rotatifs ou les ornements hindous de petite taille génèrent un effet d’op-art sombre.

Le duo d’artistes Haubitz + Zoche présente ses photos jusqu’au 15 novembre à la galerie d’art contemporain Nusser & Baumgart de Munich. Plus d’informations dans le Baumeister 11/2014.

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