La Bourse de Commerce à Paris, transformée par Tadao Ando, abrite depuis 2021 la Pinault Collection. Ce n’est toutefois pas la première collection à trouver sa place dans l’architecture. À l’origine, le bâtiment rond a été construit pour stocker les réserves de céréales parisiennes. Aujourd’hui, c’est le monde de la mode qui se réunit sous la grande coupole.
Ancien en haut, nouveau en bas : Tadao Ando a ajouté un anneau de béton à la Bourse de Commerce à Paris. Photo : Marc Domage
Le défilé de Saint Laurent à la Bourse de Commerce
C’est par un défilé que Saint Laurent a ouvert le premier jour de la semaine de la mode masculine automne/hiver 2023 à Paris. Le lieu de la soirée du 17 janvier ? La salle principale de l’historique Bourse de Commerce, réaménagée par Tadao Ando. C’est ici que la maison de couture française a présenté sa collection sous la direction d’Anthony Vaccarello. La rotonde de la Pinault Collection s’est adaptée à cette forme d’art un peu différente. Une rangée de sièges composée de canapés en cuir noir DS-600 de la manufacture suisse De Sede bordait l’intérieur de l’anneau de béton de 29 mètres de diamètre. Derrière eux : des lampadaires noirs. Un tapis couleur pierre recouvrait tout le sol. Ainsi, la passerelle du spectacle occupait également tout l’espace. Au centre : un piano à queue noir pour l’accompagnement musical de Paul Prier et Charlotte Gainsbourg.
Plus d’informations sur l’histoire de ce bâtiment classé, le musée parisien de la Collection Pinault et l’impressionnante rotonde de Tadao Ando dans la suite de l’article.
Les débuts
Halle au blé
La forme que nous connaissons aujourd’hui est née en 1767 sous la plume de l’architecte Nicolas Le Camus de Mézières : ronde avec une cour intérieure circulaire. Sa Halle au blé était alors l’un des bâtiments les plus importants de la ville en tant que lieu de stockage des réserves de céréales parisiennes. Les murs principaux de l’architecture – aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur – étaient des arcades, les deux étages étaient voûtés dans le cadre de la protection contre les incendies, les escaliers en colimaçon étaient fonctionnels, à double volée et, de plus, artistiques. Où, si ce n’est à Paris, une telle halle aux grains aurait-elle sa raison d’être ? Même pour les Parisiens, le nouveau bâtiment était une attraction. Afin d’utiliser la cour intérieure comme espace de stockage, la plus grande coupole de France a été construite au-dessus en 1782. François-Joseph Bélanger remplaça la construction en bois par une construction en fonte en 1809.
Bourse de Commerce
Les halles aux grains devenant peu à peu obsolètes au cours du siècle pour l’approvisionnement alimentaire de la ville, Henri Blondel a transformé la halle afin que la Bourse de Commerce puisse s’y installer. Elle fut achevée pour l’exposition universelle de 1889. L’ancienne Halle au blé était reconnaissable à ses arcades sur cour, à un escalier et à sa coupole. La nouvelle Bourse de Commerce se distinguait par sa façade néobaroque, l’ajout d’un étage supplémentaire et la peinture circulaire d’environ 1.000 mètres carrés – une allégorie du commerce mondial – à l’intérieur de la coupole, ainsi que par la grande ouverture vitrée en son centre. Pendant 100 ans, la Bourse de Commerce a été présente en tant que telle, car avec la fin de la Bourse de Commerce en 1989, l’architecture était vide.
Un nouveau départ pour la troisième fois
Depuis 2021, la collection de l’entrepreneur et collectionneur d’art français François Pinault se trouve à la Bourse de Commerce. En 2016, il a en effet annoncé son intention d’en faire son nouveau musée, la Pinault Collection, en collaboration avec Tadao Ando. L’architecte japonais a déjà réaménagé pour Pinault le Palazzo Grassi ainsi que la Punta della Dogana à Venise.
Le béton à la Bourse de Commerce
Si l’architecture extérieure ne révèle pas de transformations significatives, l’intérieur est littéralement en ébullition. Un anneau de béton de neuf mètres de haut et de 25 mètres de large dans la cour intérieure de la Halle au blé forme désormais l’espace principal de la Pinault Collection à Paris. Un espace de 4,90 mètres d’épaisseur est ainsi créé entre le mur existant et le mur en béton, sans grande intervention sur la rotonde historique. Seules deux passerelles réunissent les deux anneaux à la hauteur du deuxième étage. Également à cette hauteur et reliée aux passerelles : une galerie le long de l’anneau en béton. Un escalier longe l’anneau en béton et monte, reliant ainsi la galerie au rez-de-chaussée. Quatre grandes ouvertures rectangulaires permettent aux visiteurs d’accéder de plain-pied à la salle d’exposition. À l’intérieur du mur en béton, Tadao Ando a placé une saillie finale sur le bord supérieur. De là, l’espace à l’intérieur de l’anneau en béton peut être éclairé. Des trous d’ancrage structurent en outre les murs en béton.
Structure de la Pinault Collection
L’entrée principale, avec ses colonnes pompeuses, se trouve à l’ouest du bâtiment. Les caisses, en revanche, sont installées dans un ancien poste de police de l’autre côté de la rue. Au rez-de-chaussée de la Bourse de Commerce, on ne trouve donc qu’une librairie, des locaux de service et une grande salle d’exposition semi-circulaire de 625 mètres carrés. Au total, la Pinault Collection abrite sept salles d’exposition d’une superficie totale de 6 800 mètres carrés. Les différentes salles du deuxième étage peuvent toutefois être reliées entre elles. Il est ainsi possible d’en faire une seule grande salle. Pendant ce temps, un restaurant est installé au troisième étage. De là, les visiteurs ont une vue sur l’église Saint-Eustache et le Centre Pompidou. Au sous-sol, Ando a également aménagé un auditorium multifonctionnel pouvant accueillir jusqu’à 300 personnes.
Cube blanc et Panthéon
Les designers ainsi que les frères Ronan et Erwan Bouroullec ont conçu le mobilier de la Pinault Collection. Les cadres en bois brun des fenêtres et des portes font ici référence à l’ancien bâtiment classé monument historique. Les pièces et les couloirs ? Ando les a conçus blancs, propres et bien rangés.
Le concept d’exposition suit donc un principe des années 20 – le white cube. L’espace s’efface au profit de l’art. Ainsi, la modernité s’invite dans les salles d’exposition de l’architecture extérieure, la structure historique.
Dans la salle de la coupole de la Bourse de Commerce, Tadao Ando renverse l’approche. Il fait référence au Panthéon, tant dans la construction que dans le matériau. L’ancien Panthéon romain, vieux de plus de 2.000 ans, est l’un des bâtiments en béton les plus anciens et les mieux conservés. Avec son anneau de béton à la Bourse de Commerce, Ando met en avant une idée antique, un sanctuaire dédié aux dieux. Une seule question subsiste face à cette présence imposante dans l’espace : qui sont ces dieux ?
A propos du Panthéon et du béton : grâce aux recettes de béton des Romains, leurs constructions ont également une excellente durabilité et se réparent désormais elles-mêmes. C’est ce qu’ont récemment découvert des chercheurs du MIT. Pour en savoir plus, cliquez ici : Le béton romain.
