Le Dr Jilleen Nadolny travaille comme chercheur principal pour la société Art Analysis & Research (AA&R), qui possède des laboratoires à New York et à Londres. Grâce aux technologies les plus récentes et à une vaste expertise en matière de matériaux et d’histoire de l’art, l’équipe d’AA&R parvient à percer bien des secrets des œuvres d’art. Une interview
RESTAURO : Quels sont les cas que vous avez traités récemment ?
Dr Jilleen Nadolny : Récemment, nous avons contribué à vérifier l’authenticité de tableaux récemment découverts de Dali, Kandinsky, Caravaggio, Titien, Max Ernst, Rubens, Modigliani, Warhol et Rembrandt. C’est toujours gratifiant d’ajouter une œuvre importante à l’histoire de l’art.
RESTAURO : Qui sont vos clients ?
Dr Jilleen Nadolny : Nous travaillons pour des collectionneurs, des galeries, des marchands, des conseillers, des musées, des restaurateurs, des fondations, des maisons de vente aux enchères, des assurances d’art… pour tous ceux qui espèrent obtenir des informations, limiter les risques ou qui cherchent à approfondir leur compréhension. Nous espérons contribuer à établir la procédure de due diligence, c’est-à-dire d’examen méthodique, sur le marché de l’art.
RESTAURO : L’équipe de AA&R comprend des restaurateurs, un chimiste médico-légal, des analystes de matériaux et des historiens de l’art. Comment fonctionne ce travail interdisciplinaire ?
Dr Jilleen Nadolny : Lorsque nous relevons un nouveau défi, il est important de comprendre le potentiel de ce qui est réalisable et de faire confiance à l’expertise de nos collègues. Tu apprends ce que tu dois maîtriser pour bien faire ton travail et tu respectes tes propres limites. La vision en profondeur inestimable que permettent les études historiques combinées aux méthodes scientifiques rend notre travail si précieux.
RESTAURO : Votre collègue, le Dr Nicholas Eastaugh, compare la recherche d’archives de AA&R aux réseaux sociaux comme Facebook ?
Dr Jilleen Nadolny : Pour étudier l’histoire des matériaux, il faut connaître les influences de l’artiste. Les artistes échangeaient des techniques et des recettes entre eux ; les méthodes et les matériaux pouvaient se répandre dans les ateliers. Bien que Facebook n’existait pas encore à l’époque, les lettres et les contrats archivés permettent de retracer de tels contacts et de savoir qui était en contact avec qui.
RESTAURO : Quelle est la découverte qui vous a le plus enthousiasmé ?
Dr Jilleen Nadolny : Nous avons ainsi aidé à authentifier un portrait de Nina Kandinsky comme étant l’œuvre de Wassily Kandinsky (article détaillé à ce sujet dans : RESTAURO 3/2019). Il avait repeint un dessin représentant un couple en promenade. Il date de l’année où il a rencontré sa deuxième femme. La preuve la plus importante qu’il s’agissait d’une œuvre de Kandinsky a été apportée par l’examen aux rayons infrarouges, aux rayons X et à la lumière transmise. Nous avons ainsi pu reconstituer en grande partie la scène du port avec le couple d’amoureux, qui le représente probablement avec Nina l’année de leur rencontre, sous le portrait. Et celle-ci correspondait à un dessin dans un carnet de croquis de l’artiste.
RESTAURO : Y a-t-il un tableau célèbre que vous aimeriez étudier ?
Dr Jilleen Nadolny : Il y en a tellement ! Comme j’ai déjà vu tant de faux, j’aimerais bien confirmer un vrai tableau de Van Gogh. Jusqu’à présent, c’est encore ma collègue Nica Gutman Rieppi qui détient le “record du bureau” en ce qui concerne l’œuvre d’art la plus célèbre et la plus précieuse : elle a participé à l’authentification du “Salvator Mundi” de Leonardo di Vinci.
L’interview a été réalisée par le Dr Inge Pett.
Dans la vidéo, le Dr Jilleen Nadolny, directrice d’Art Analysis & Research (AA&R), parle des techniques scientifiques et de l’analyse des matériaux ainsi que de ses recherches sur Natalia Gontcharova, Mikhaïl Larionov et l’avant-garde russe.
