23.12.2025

Expositions

Into the Dark – Graphisme d’Ensor à Munch au Saarlandmuseum

Les œuvres d'Edvard Munch constituent un point fort de l'exposition du Saarlandmuseum. Photo : Tom Gundelwein

Les œuvres d'Edvard Munch constituent un point fort de l'exposition du Saarlandmuseum.
Photo : Tom Gundelwein

Le Saarlandmuseum consacre sa grande exposition d’automne à un thème qui fait partie de la condition humaine depuis toujours et qui reste pourtant souvent caché : les sentiments sombres. Intitulée “Into the Dark – Grafik von Ensor bis Munch”, l’exposition réunit du 20 septembre 2025 au 4 janvier 2026 quelque 110 œuvres qui traitent de manière impressionnante des abîmes de l’existence humaine.

La peur, le désespoir, la jalousie, la tristesse, la colère ou encore l’horreur – toutes ces émotions sont indissociables de la vie. Pourtant, elles restent souvent inexprimées et ne sont que rarement montrées ouvertement. Pourtant, elles ont joué un rôle prépondérant dans l’histoire de l’art. Les artistes de toutes les époques ont tenté de rendre visibles les sentiments “lourds” et de leur donner forme. L’exposition du Saarlandmuseum met désormais cette tradition en évidence et montre de manière impressionnante que le sombre n’est pas forcément négatif ou rebutant, mais qu’il constitue au contraire une part indispensable de l’expression humaine.


Chefs-d'œuvre du graphisme

L’exposition est centrée sur le graphisme de l’époque moderne classique, un médium réduit à l’essentiel comme peu d’autres : noir et blanc, ligne et surface, clair et sombre. À partir de ses propres collections et complétées par de précieux prêts, l’exposition présente des travaux d’artistes importants. Outre James Ensor, Otto Dix, Vincent van Gogh, Käthe Kollwitz et Alfred Kubin, Edvard Munch se distingue particulièrement et ses œuvres constituent un point fort. Le vaste fonds Munch du Saarlandmuseum est présenté pour la première fois dans son intégralité et permet ainsi un aperçu rare et intense de la création graphique de l’artiste norvégien. Au total, l’exposition comprend 111 œuvres qui, outre les fonds propres de l’établissement, incluent également des prêts importants de la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe.


Entre abîme et humour

L’exposition montre que l’obscurité dans l’art a de nombreuses facettes. Certaines feuilles sont immédiatement oppressantes, confrontant le public à la mort, à la souffrance ou à la solitude. D’autres, en revanche, surprennent par leur humour noir, leur ironie ou leur légèreté presque ludique. Il en résulte un champ de tensions dans lequel les visiteurs doivent sans cesse se situer. Parfois, le chemin mène à une profonde réflexion, parfois les œuvres arrachent un sourire – mais l’expérience reste toujours intense et immédiate.

Les thèmes de la mort et du deuil jouent un rôle important dans l'exposition. Photo : Tom Gundelwein
Les thèmes de la mort et du deuil, comme ici chez Edvard Munch, jouent un rôle important dans l'exposition. Photo : Tom Gundelwein

Max Klinger comme précurseur

Un point de référence important de l’exposition “Into the Dark” est l’artiste et théoricien de l’art Max Klinger. Dès 1891, il soulignait le “droit à l’existence du côté obscur de la vie”. Pour lui, l’obscurité ne représentait pas seulement un contrepoids nécessaire à la clarté, mais aussi une composante indispensable de la confrontation artistique. C’est dans cette tradition que s’inscrivent les œuvres que l’on peut désormais voir à Sarrebruck : Elles ouvrent un vaste champ à ce qui est souvent difficile à représenter – à l’indicible, à l’inconscient, à ce qui est caché. La présentation de la suite de Max Klinger “Opus VI, Ein Handschuh” (1897), prêtée par la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe, est particulièrement remarquable dans son intégralité.


Huit chapitres de l'obscurité

L’exposition est divisée en huit chapitres : Sentiments cachés, Inquiétude, Pulsion, Attraction, Perdition, Horreur, Connectivité et Côté nuit. Chaque chapitre ouvre de nouvelles perspectives sur l’obscurité. Alfred Kubin est représenté par 20 œuvres et constitue un point fort. Ses mots de 1916 – “Au fond de nous-mêmes, l’équilibre est caché ; partons à sa recherche” – sont emblématiques de l’ensemble de l’exposition. Ces thèmes sont complétés par des œuvres qui traitent de questions existentielles, de représentations érotiques de l’agonie et de la mort, ainsi que de positions critiques sur la société, la violence et l’injustice, notamment dans les gravures de Käthe Kollwitz et Otto Dix.


Un espace pour les émotions

Du point de vue du curateur, l’exposition mise fortement sur l’effet émotionnel immédiat des œuvres. Les lignes, les contrastes et les réductions créent une immédiateté qui touche sans détour. Le papier devient ainsi un espace de résonance pour ce qui ne peut guère être saisi par le langage. “Ce qui est sombre, abyssal, caché n’est pas sombre au sens cliché du terme – c’est humain, vivant, profond”, souligne Lisa Felicitas Mattheis, directrice des sciences de l’art et de la culture à la Fondation du patrimoine culturel sarrois.

Max Klinger, ici avec un nu féminin, est considéré comme un précurseur de la représentation de l'obscurité dans l'art. Photo : Tom Gundelwein
Max Klinger, ici avec un nu féminin, est considéré comme un précurseur de la représentation de l'obscurité dans l'art. Photo : Tom Gundelwein

Programme d'accompagnement et publication

L’exposition est complétée par un vaste programme de médiation qui offre aux visiteurs de nombreuses possibilités d’approfondir leurs connaissances. Des visites guidées, des conférences et des ateliers contribueront à éclairer les thèmes de l’exposition sous différentes perspectives. En outre, une publication d’accompagnement sera publiée, qui ne documentera pas seulement les œuvres exposées, mais contiendra également des essais plus approfondis et pourra ainsi servir de base durable à la réflexion.
Outre des visites guidées et des conférences, le musée propose une station participative dans l’exposition, une offre créative pour les enfants et les adultes ainsi que des programmes spéciaux pour les classes scolaires. La publication de 120 pages est éditée par Lisa Felicitas Mattheis et contient des textes de Kathrin Elvers-Švamberk, Laura Prins, Eva Specker et Jane Schmidt-Boddy, entre autres.


Invitation au dialogue avec l'obscur

Avec Into the Dark – Graphisme d’Ensor à Munch, le Saarlandmuseum ouvre un regard impressionnant sur le monde des sentiments, qui nous sont souvent difficiles à vivre, mais qui font pourtant partie du cœur de l’expérience humaine. L’exposition invite à affronter les côtés sombres de la vie – non pas comme une menace, mais comme une possibilité d’autoréflexion et de compréhension plus profonde.

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