Lorsque des artistes s’essayent à l’architecture, c’est souvent l’expression d’une surestimation de soi. Il existe toutefois des exceptions, comme le prouve l’artiste photographe japonais Hiroshi Sugimoto :
Exaspéré par l’architecture contemporaine des musées, il a conçu sans hésiter une extension pour le musée Teien de Tokyo.
Je n’ai pas l’intention de me mesurer aux architectes”, déclare Hiroshi Sugimoto, qui s’est autoproclamé maître d’œuvre et qui est devenu mondialement célèbre en tant qu’artiste photographe. “Je suis un artiste. La différence entre l’art et l’architecture, c’est la fonction. L’architecture doit fonctionner, pas l’art. Mais de nombreux architectes recherchent aujourd’hui des formes artistiques pour leurs bâtiments, qui perdent ainsi leur fonction”.
Le photographe, né en 1948 à Tokyo, s’est fait spécialement connaître par ses séries de photos sombres et impressionnantes “Dioramas”, “Theatres” et “Seascapes”. Installé à New York depuis les années 1970, Sugimoto décrit parfois ses photos, toujours en noir et blanc, comme des “capsules temporelles”.
Alors que les photographies sont à la pointe de la technique, les motifs des images traitent de l’éphémère. Quelque chose de morbide leur colle à la peau : La splendeur fanée des cinémas américains, les têtes dans les cabinets de figures de cire ou l’esthétique macabre des animaux empaillés dans les musées d’histoire naturelle.
L’étude de l’architecture par Sugimoto n’a commencé qu’en 1997 avec la série “Architecture”. Elle montre que pour lui, l’architecture est faite d’ombre et de lumière – tout comme la photographie. Dans la culture japonaise, ce thème est très discuté depuis le livre de Jun’ichiro Tanizaki “Éloge de l’ombre”.
Sa dernière œuvre est l’extension du “Teien Museum” à Tokyo. Construit en 1933, le bâtiment principal du musée d’art municipal est considéré comme le fleuron de l’Art déco en Asie de l’Est et est l’ancienne villa du prince Asaka Yasuhiko. La conception française y rencontre le savoir-faire des artisans japonais.
La villa montre avec quelle élégance les formes rigoureuses de la construction moderne en béton armé peuvent être associées aux échos de l’Art nouveau et de l’Art nouveau. En collaboration avec le bureau d’architectes japonais Kume Sekkei, Sugimoto l’a agrandie d’une extension congéniale. Après trois ans de travaux, le bâtiment principal vient de rouvrir ses portes.
