Günter Brus (né en 1938), le dernier représentant de l’actionnisme viennois encore en vie, est décédé le 10 février à Graz. Il avait 85 ans. Les artistes de l’actionnisme viennois choquaient le public avec leur art et critiquaient l’État et la société.
Jusqu’au seuil de la douleur – Günter Brus
Il était l’un des artistes les plus renommés d’Autriche et, outre la peinture, il était également écrivain. Une porte-parole du musée viennois de l’actionnisme, qui ouvrira bientôt ses portes, a annoncé samedi le décès de l’artiste. Parmi les quatre représentants de ce mouvement artistique qui a fait fureur dans les années 1960, il était le seul à réaliser ses actions sur son propre corps. Il est allé jusqu’à la limite de sa douleur personnelle et a même été arrêté. Il n’a pu échapper à une peine de prison qu’en s’enfuyant à Berlin. L’artiste, né en 1938, c’est-à-dire l’année de l’annexion de l’Autriche, est apparu en 1965 vêtu d’un costume blanc et peint d’une ligne noire. C’est lors de cette légendaire “promenade viennoise”, qui l’a conduit sur la Heldenplatz de Vienne, qu’il a été arrêté et condamné à une amende pour “trouble à l’ordre public”.
Fuir la justice
L’action “Art et révolution” de 1968 à l’université de Vienne l’a rendu célèbre : Il s’est entaillé la cuisse avec une lame de rasoir, s’est enduit de ses excréments, tout en se masturbant et en chantant l’hymne national autrichien. Cette action est entrée dans les livres d’histoire sous le nom de “Uni-Ferkelei”. Les autorités ont réagi et l’ont condamné à six mois de prison pour “dégradation de symboles autrichiens et atteinte à la pudeur et aux bonnes mœurs”. Brus s’enfuit alors avec sa famille à Berlin et résuma cela comme “un coup de libération”. A Berlin, il poursuivit sa forme de protestation radicale contre le réactionnisme politique. Il resta éloigné de son pays natal pendant près d’une décennie et développa son art en s’éloignant de l’automutilation. En 1970, il présenta à Munich “Zerreißprobe”, qui devait être sa dernière action artistique.
Retour en Autriche
À partir de 1970, l’actionniste viennois s’est également lancé dans la littérature. Il commence à écrire le roman “Irrwisch”, qu’il décline également en dessins. À partir de là, l’artiste a développé de nouvelles formes d’expression en combinant la littérature et les arts plastiques. Il a appelé les œuvres qui en ont résulté des “poèmes illustrés”. Deux ans après sa création, le roman et les dessins qui l’accompagnaient ont été exposés à la “Documenta 5” de Kassel.
En 1979, Günter Brus est retourné en Autriche avec son épouse Ana, qui a eu une grande influence sur son œuvre artistique, et leur fille Diana. Le président fédéral de l’époque, le Dr Rudolf Kirchschläger, avait commué la peine de prison en une amende. De nombreux hommages tardifs ont été rendus à l’artiste, comme par exemple le Grand prix national autrichien des arts plastiques qui lui a été décerné en 1996 pour l’ensemble de son œuvre.
Dignités muséales
En achetant la collection pour la Neue Galerie de Graz, le conseiller culturel de Styrie de l’époque a posé la première pierre d’un musée Brus. Le “Bruseum” a ouvert ses portes en 2011 et se consacre depuis à l’étude, à la conservation et à la diffusion de l’œuvre de cet artiste autrichien majeur. Le musée viennois de l’actionnisme, qui ouvrira ses portes en mars à Vienne, prévoit lui aussi, selon ses propres dires, de rendre hommage à l’œuvre de l’artiste. Le Kunsthaus Bregenz lui consacre une exposition spéciale qui ouvrira ses portes le 16 février et sera présentée jusqu’au 20 mai.

