04.03.2025

Patrimoine mondial

Du manoir à la résidence impériale

Le château de Schönbrunn a été façonné par des générations de Habsbourg. Marie-Thérèse d'Autriche et son époux François-Étienne ont exercé une grande influence sur sa conception. Château de Schönbrunn Kultur- und Betriebsges. m.b.H., Severin Wurnig

Le château de Schönbrunn a une longue histoire derrière lui et a été marqué de manière décisive par Marie-Thérèse d’Autriche. Mais les nombreux visiteurs viennent pour marcher sur les traces de la légendaire impératrice Elisabeth – Sisi en abrégé. Mais les millions de visiteurs annuels posent aussi des défis à l’administration.

Avec ses 43 mètres de long et ses dix mètres de large, la Grande Galerie est encore impressionnante aujourd'hui. Elle servait aux manifestations de la cour. Château de Schönbrunn Kultur- und Betriebsges. m.b.H., Alexander Eugen Koller

Histoire des Habsbourg

Depuis 1996, le château de Schönbrunn et ses magnifiques jardins sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. La Commission du patrimoine mondial a souligné que l’ensemble était un “chef-d’œuvre de la créativité humaine”, c’est-à-dire le critère i de l’UNESCO. Elle a également précisé que les bâtiments et les jardins constituent “un exemple remarquable d’un type de bâtiment, d’ensemble architectural ou technologique ou de paysage qui symbolise une ou plusieurs périodes importantes de l’histoire de l’humanité”, ce qui correspond au critère iv de l’UNESCO. Pendant 170 ans, il a servi de résidence d’été aux souverains Habsbourg et témoigne de leur influence sur l’histoire européenne. Au fil des siècles, des adaptations ont toujours eu lieu, reflétant les goûts, les intérêts et les ambitions du souverain du moment. Dès le 12e siècle, la région est mentionnée dans des documents et était déjà occupée par un moulin. Au 16e siècle, le maire de Vienne Hermann Bayr a acheté le terrain appelé Katterburg ou Katterberg et y a construit sa résidence seigneuriale. En 1569, l’empereur Maximilien II (1527-1576) s’empara du terrain en vertu de ses droits de souverain. Il le fit clôturer et équiper de plumes, de cerfs et de sangliers pour la chasse. Sous l’empereur Léopold Ier (1640-1705), Schönbrunn devint d’abord un pavillon de chasse pour son fils, le roi Joseph Ier (1678-1711). La propriété s’est ainsi élevée dans la hiérarchie. Le grand “siège turc” de Vienne en 1683 entraîna sa destruction complète. À partir de 1695/96, d’importants travaux de reconstruction commencèrent sous la direction de l’architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656- 1723). Le château de style baroque qui en résulta devait être marqué par des générations de Habsbourg. Le bâtiment conçu par Fischer von Erlach est une première dans l’histoire des résidences des Habsbourg, mais aussi dans celle du Saint Empire romain germanique. Il s’est inspiré de bâtiments français et italiens, sur lesquels il a développé une construction symétrique à deux ailes. Il plaça au centre un bâtiment central représentatif et les deux ailes furent aménagées autour d’une cour intérieure. Il créa ainsi un modèle pour d’autres constructions dans l’Empire romain-germanique. Alors que l’extérieur était déjà terminé en 1700, l’aménagement de l’intérieur n’avançait que lentement, si bien que la famille impériale était peu présente. La jeune veuve de l’empereur Joseph Ier, Wilhelmine Amalie (1673-1742), y installa sa résidence d’été en 1712. À cette époque, les fêtes de cour étaient certes plus fréquentes, mais Wilhelmine Amalie n’entreprit pas de grands travaux. Après le mariage de ses deux filles, elle utilisa elle aussi de moins en moins le château. En 1728, elle rendit à son beau-frère, l’empereur Charles VI, le château qu’elle avait reçu en donation 16 ans plus tôt et reçut une compensation.


Période d'éclosion

Charles VI (1685-1740) était un chasseur passionné et venait souvent à Schönbrunn pour des séjours de chasse avec son futur gendre François Étienne de Lorraine (1708-1765). Cependant, ces séjours ne duraient généralement qu’une journée, et le soir, on rentrait à la Hofburg. Pendant ce temps, le château était à l’abandon et les défauts de construction devenaient visibles. En 1735, le service impérial des constructions de la cour fit état de quelques dommages. L’état de la charpente, qui pourrissait à vue d’œil, fut particulièrement critiqué. Des travaux de restauration eurent lieu en 1736/37. L’archiduchesse Marie-Thérèse (1717-1780) hérita de son père Charles VI en 1740, après le décès inattendu de ce dernier, et la question d’une résidence d’été adéquate devint virulente. Le choix se porta sur l’ancien pavillon de chasse de Schönbrunn, qui avait été peu utilisé depuis près d’une décennie. Dès le début, la jeune archiduchesse fit valoir ses propres idées. Le jeune Nikolaus Pacassi (1716-1790) réussit à s’imposer en tant qu’architecte et sa carrière fulgurante, qui se termina par le poste d’architecte en chef de la cour, suivit son cours. À partir de 1742, les travaux de construction se déroulèrent sans interruption, et en raison de l’agrandissement constant de la famille de Marie-Thérèse et de François-Étienne, les exigences en matière de construction changèrent fréquemment. Les aspects cérémoniels devaient également être pris en compte. Les travaux se sont déroulés par étapes afin de garantir l’habitabilité. Lors de l’aménagement intérieur, des critères ont également été fixés, que l’on retrouve ensuite dans d’autres résidences impériales. Schönbrunn servit en outre à la mémoire et à l’héritage privés et politiques de Marie-Thérèse. C’est ce que l’on constate en particulier pour les efforts d’aménagement qu’elle fit durant la dernière phase de sa vie. Elle a également fait créer des pièces dédiées à la mémoire de son cher époux défunt.

La cour d'honneur du château de Schönbrunn est ornée de deux fontaines. La fontaine présentée ici, à l'ouest, symbolise les fleuves Danube, Inn et Enns. © Schloss Schönbrunn Kultur- und Betriebsges. m.b.H., Alexander Eugen Koller

Lieux du cœur

Avec le début de la construction du château en 1695/96, les travaux pour le parc du château commencèrent également, sous la responsabilité de Jean Trehet (1654-1740). En 1700, Johann Georg Hätzl reprit le poste de jardinier de la cour et entreprit des transformations qui eurent lieu en partie sous Wilhelmine Amalie. Pendant l’agrandissement du château sous Marie-Thérèse, les aménagements du parc se poursuivirent également. Tandis qu’elle s’occupait en premier lieu des travaux dans et autour du château, c’est son époux François-Étienne, grand amateur de nature, qui s’impliqua activement dans l’aménagement du jardin. Avec lui, des artistes étaient également venus de Lorraine pour travailler sur les jardins et faire concurrence à leurs collègues autrichiens, le jardinier de la cour Joseph Hätzl et l’ingénieur paysagiste Anton Zinner. Parmi les artistes qui accompagnèrent François Étienne, on compte l’architecte Jean Nicolas Jadot, le châtelain de Schönbrunn François Bertrand et l’architecte paysagiste Louis-Ferdinand de Nesle, dit Gervais. Lors d’occasions particulières, comme les naissances d’archiducs et d’archiduchesses, des feux d’artifice ou des illuminations étaient également organisés dans le jardin. Après la mort de François-Étienne, Marie-Thérèse fit ériger dans le jardin des lieux commémoratifs à sa mémoire. Elle choisit pour cela des lieux qui lui tenaient particulièrement à cœur.

Le cabinet circulaire chinois reflète le goût du 18e siècle pour "l'exotisme". De précieux travaux de laque et des objets en porcelaine placés sur des consoles font resplendir la pièce. © Schloss Schönbrunn Kultur- und Betriebsges. m.b.H., Alexander Eugen Koller

Nouvelle floraison après négligence

Marie-Thérèse s’inquiéta dans une lettre du peu d’intérêt que son fils, Joseph II (1741-1790), portait à son Schönbrunn bien-aimé. Après sa mort en 1780, il s’avéra que ses inquiétudes étaient justifiées. La vie sociale qui avait eu lieu à Schönbrunn sous Marie-Thérèse s’arrêta. Joseph II décréta cependant en 1782 que le château devait être entretenu. Seuls les travaux les plus nécessaires furent entrepris. Les occupations napoléoniennes de Vienne en 1805 et 1809 apportèrent un changement : le château fut alors largement rénové et certains appartements reçurent de nouveaux aménagements. Mais avant d’en arriver là, le service des bâtiments de la cour a dû faire un gros travail de persuasion auprès de l’empereur François II/Ier (1878-1918). (1768-1835), car celui-ci préférait séjourner à Laxenburg ou à Baden. Ce n’est qu’après une inspection personnelle de l’empereur que la charpente en mauvais état a été rénovée. Les visites de la cour redevenant plus fréquentes, il devint évident que les dommages devaient être réparés afin que les séjours d’été impériaux, qui reprirent à partir de 1814, puissent à nouveau avoir lieu à Schönbrunn. Sous le règne de son successeur, l’empereur Ferdinand Ier, seules de petites modifications ont été apportées à la disposition des pièces et à l’aménagement.


Des changements importants

Alors que sous le règne de l’empereur François II/I, on peut encore observer une retenue de type Biedermeier dans la gestion de la cour, le mariage de l’empereur François Joseph Ier (1830-1916) avec Elisabeth de Bavière (1837-1898) en 1854 a redonné vie à Schönbrunn. Même si l’impératrice Elisabeth s’absentait plus qu’elle n’était présente à Vienne, le château connut une époque brillante. Aujourd’hui encore, le château est associé au “mythe Sisi” par de nombreux visiteurs. Le groupe Schönbrunn, qui gère le château, ne considère pas cela comme une malédiction, mais souligne plutôt qu’il est possible d’attirer des visiteurs internationaux qui n’auraient peut-être pas été intéressés autrement. Cela entraîne une augmentation du nombre de visiteurs, qui contribuent à l’entretien du site par leurs droits d’entrée. En outre, Schönbrunn s’efforce de ne pas se focaliser exclusivement sur l’impératrice emblématique, mais sur les autres personnalités importantes qui ont marqué le château au cours de sa longue histoire. La présentation du musée se concentre sur l’époque maria-theresienne, mais l’époque de l’empereur François-Joseph Ier et de l’impératrice Elisabeth sont également présentées. Selon le groupe Schönbrunn, le château de Schönbrunn est l’un des plus importants témoins de l’héritage impérial de nombreuses générations de Habsbourg.
François-Joseph, né à Schönbrunn en 1830, a fait réaliser les premières transformations dès l’année suivant son arrivée au pouvoir en 1848. Dans les pièces prévues pour son épouse Elisabeth, d’importantes modifications ont eu lieu au plus tard à partir de l’automne 1853. Les accès ont été modifiés et de nombreuses pièces ont également reçu d’autres fonctions. De plus, des appartements furent également aménagés au rez-de-chaussée pour les enfants du couple impérial. En outre, les salles de représentation datant de l’époque de Marie-Thérèse avaient déjà fait l’objet de réparations depuis longtemps. A l’occasion de l’exposition universelle de 1873 à Vienne, une rénovation générale de Schönbrunn a été entreprise. Pour l’empereur en particulier, le château devait devenir le centre de sa vie. Quelques années après la mort de l’impératrice, le monarque vieillissant choisit Schönbrunn comme résidence permanente et y décéda en 1916.

Du point de vue de l'histoire de l'art, la chambre du Vieux Laque fait partie des créations les plus importantes du château de Schönbrunn. Cette pièce décorée de panneaux en laque servait de salle de réception et de bureau à l'empereur François Étienne Ier. Château de Schönbrunn Kultur- und Betriebsges. m.b.H., Alexander Eugen Koller

Préservation pour les générations futures

Avec la fin de la monarchie en 1918, l’utilisation de Schönbrunn a également changé. Les visiteurs ont afflué dans les salles, ce qui a entraîné de nouveaux défis. La conservation des salles, qui accueillent chaque année des millions de visiteurs, est un défi de taille. Un département scientifique spécifique s’occupe de l’histoire de la construction et de l’aménagement de Schönbrunn, tout en veillant à ce que des mesures historiques préventives soient prises. Le nettoyage régulier de toutes les surfaces, effectué par des restaurateurs, comprend également un contrôle de l’état de l’ensemble de l’équipement historique mural et mobile. Comme il s’agit d’un ensemble classé monument historique et patrimoine mondial de l’UNESCO, chaque mesure doit être coordonnée et discutée avec les autorités compétentes, notamment avec l’Office fédéral autrichien des monuments historiques. Ces concertations étroites sont également nécessaires parce que de nombreuses compétences sont imbriquées les unes dans les autres. Les jardins relèvent de la responsabilité des Bundesgärten, tandis que les statues et l’architecture des jardins sont entretenues par le groupe Schönbrunn. Selon le Dr Mader Kratky, il est important de gérer les flux de visiteurs, notamment pour garantir la préservation des espaces intérieurs du Bel étage et du rez-de-chaussée. On veille à une occupation régulière des pièces et on évite les surcharges, car celles-ci entraînent une usure accélérée de toutes les surfaces. Les températures plus élevées dues au changement climatique représentent également un grand défi pour les responsables. La sécheresse accrue due au temps plus chaud augmente en effet la charge de poussière, même dans les pièces intérieures. En outre, le château de Schönbrunn renonce à une climatisation assistée par des moyens techniques, car l’installation d’un système de climatisation représenterait une intervention trop importante dans la substance historique du bâtiment et l’endommagerait. Les frais courants d’entretien et de restauration sont donc considérables, selon Dr.in Mader Kratky. Elle a en outre souligné : “La compréhension profonde par nos visiteurs de l’importance historique du château et du parc est essentielle dans la médiation culturelle. Ce n’est qu’en trouvant un équilibre entre les exigences posées par le grand nombre de visiteurs à la structure du bâtiment et les mesures de conservation nécessaires que l’héritage culturel pourra être préservé pour les générations futures”.

D’ailleurs, la bibliothèque d’art et de musée de Cologne est menacée de fermeture. Une pétition s’engage pour son maintien.

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