29.03.2025

Public

Des dizaines de millions pour la grange mal aimée

Musée de la modernité

Entrée principale

Le Musée d’art moderne d’Herzog & de Meuron est critiqué de toutes parts depuis des années : il est beaucoup trop cher, sa conception ne plaît pas et l’axe visuel entre la Nationalgalerie et la Philharmonie est obstrué. La commission budgétaire du Bundestag allemand vient d’approuver le budget du projet. Comment se fait-il que les politiques ne tiennent pas compte de tous les faits et de toutes les objections du public et qu’ils approuvent le budget exorbitant d’un nouveau musée alors que les autres bâtiments de la Fondation du patrimoine culturel prussien devraient être rénovés depuis longtemps ?

Entrée principale, vue de la Scharounplatz de jour (façade nord)
Vue de l'entrée principale vers le sud et le boulevard est-ouest
Boulevard avec vue du rez-de-chaussée vers le nord sur l'escalier et l'entrée principale
Vue de la façade ouest avec la cour des arbres, la place Matthäikirch et l'église Matthäikirche
Entrée principale, vue sur la Scharounplatz depuis l'escalier extérieur (façade nord)

Pas de retour en arrière

Visualisations : Herzog & de Meuron

Rarement un projet de construction publique en Allemagne n’a provoqué autant de vents contraires que le Museum der Moderne. Un shitstorm, pourrait-on presque dire, si les contributions au débat n’étaient pas de nature sérieuse. “Le pain en croûte le plus cher du monde”, a titré la FAZ, se référant à une métaphore utilisée par le président du jury Arno Lederer. “Cette grange est un scandale”, était le titre d’un autre article de la FAZ, une attaque en règle qui scandalisait à la fois le site, l’architecture, la taille, les aspects environnementaux et les coûts.

Certaines critiques vont même au-delà de la cible. La flagellation de l’intention sacrilège d’obstruer l’axe visuel entre la Neue Nationalgalerie de Mies van der Rohe et la Philharmonie de Scharoun (joliment illustrée par Stefan Braunfels dans un autre texte polémique) est une argumentation trop superficielle et ridicule pour arrêter le voleur. Bien sûr, un nouveau bâtiment à cet endroit interromprait la vue, mais Scharoun avait déjà planifié l’urbanisme de cette manière, et Mies devait partir de ce principe lors de sa planification.

Pourquoi la vue serait-elle si indispensable ? Celui qui veut voir la Philharmonie peut s’approcher de la porte. Au début, lorsque le Tiergarten était encore dépourvu d’arbres en raison de la guerre, on pouvait même voir la porte de Brandebourg depuis la Neue Nationalgalerie, que voulez-vous.

“Le Tagesspiegel a décrit la situation en ces termes : la commission budgétaire du Bundestag allemand a autorisé le musée de l’art moderne à puiser une nouvelle fois dans les ressources fiscales, s’imposant ainsi l’obligation d’augmenter à l’avenir le montant des travaux de 364,2 millions à 450 millions d’euros selon les prévisions. Cela ne s’arrêtera certainement pas là, mais plutôt à 600 millions. Mais ensuite, le projet sera en construction et il n’y aura plus de retour en arrière possible.

Dépendance vis-à-vis des donateurs privés

Le véritable scandale est la manière dont la ministre de la Culture Monika Grütters (CDU) a fait passer son “Grand Projet” personnel en dépit des multiples réserves émises dans les coulisses de la politique. La caste politique règle le projet entre elle. Les faits, les considérations pragmatiques et l’opinion publique ne jouent aucun rôle. Peut-être que l’architecture très controversée du Musée de la modernité (“grange”, “magasin discount ALDI”, etc.) n’aurait pas été une raison suffisante pour l’annuler, car il s’agissait après tout du résultat d’un concours avec un jury éminent. Mais les problèmes d’urbanisme, la réduction du plan d’ensemble avec pour conséquence un enfoncement coûteux et difficilement calculable dans le terrain à bâtir extrêmement problématique de Berlin, auraient dû faire réfléchir les responsables du budget.

Il est également agaçant de voir comment on se place servilement dans la dépendance de certains donateurs privés qui avaient menacé de placer leurs collections ailleurs. Cela s’explique par le fait que la fondation ne peut guère mettre sur pied ses propres grands projets, des expositions d’envergure internationale, et qu’elle dépend à chaque fois de partenaires prêts à payer.

Trop de chantiers

La fondation du patrimoine culturel prussien se fait sans cesse “offrir” de nouvelles grandes maisons par l’État fédéral, mais celles-ci doivent ensuite être exploitées et entretenues. Or, les maisons existantes accusent déjà des retards de rénovation de plusieurs décennies. A cela s’ajoutent un financement insuffisant pour le personnel qualifié ainsi qu’un budget d’acquisition pitoyable de 1,6 million pour tous les musées. Tout cela ne va pas ensemble.

Il serait temps de consolider la fondation. Au lieu de cela, le Humboldt-Forum doit être mis sur les rails en 2020 dans la réplique du château, les rénovations générales du musée de Pergame, de la nouvelle galerie nationale et de la bibliothèque d’État de Scharoun engloutissent des sommes colossales, etc…

Il n’est donc pas étonnant que Berlin lorgne avec envie les grandes expositions populaires de Paris, Londres, Amsterdam et New York. C’est dans cette ligue que l’on veut jouer, c’est ce que l’on veut retrouver ici aussi.

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