L’architecture est une société construite, dit-on. Cette phrase est aujourd’hui plus vraie que jamais. Alors que l’architecture des années zéro s’est laissée façonner par la mondialisation et les excès du capitalisme déchaîné qui en découle, la responsabilité sociale de l’architecte est actuellement de plus en plus mise en avant.
Cela s’explique surtout par les processus dramatiques qui se déroulent en Europe : La crise des réfugiés va modifier durablement le continent. Cela a également des conséquences pour l’architecture. L’Allemagne, avec son attitude particulière, se trouve au centre des événements, les responsables du secteur national de la construction en sont également conscients – qu’il s’agisse de politiciens, d’entrepreneurs ou justement d’architectes.
Il est donc logique que la Fédération des architectes allemands ait organisé il y a quelques semaines à Munich, en collaboration avec la Fondation fédérale pour la culture du bâtiment et Baumeister en tant que partenaire média, une sorte d’atelier consacré précisément à ces évolutions. Il s’intitulait “Flucht nach Vorne” et s’est tenu le 11 février au MUCCA / Musée des cinq continents.
Munich n’aurait pas pu être un lieu plus approprié, puisque la gare centrale de Munich était au centre de l’attention internationale lorsque les événements aux frontières se sont précipités et que les réfugiés ont été accueillis dans cette même gare par un grand geste humain des Munichois. Le choix d’un musée ethnographique comme lieu de manifestation était également judicieux. Après tout, l’ethnologie est plus que toute autre science synonyme de curiosité pour les autres cultures.
Ce qui a été présenté par les différents intervenants et débattu dans les tables rondes était d’actualité et parfois tout à fait dramatique. Toutefois, la crise des réfugiés ne fait qu’aggraver un mal déjà existant. Depuis des années, l’Allemagne a du mal à créer des logements abordables. Munich est également un lieu bien choisi pour l’atelier dans la mesure où la ville a les prix de location les plus élevés de la République fédérale – tendance à la hausse.
Il s’agit donc d’un problème de société dans lequel la crise des réfugiés a fait irruption. En tant que catalyseur de cette problématique, elle ne représente pas seulement un défi, mais aussi une grande opportunité. Les exigences formulées par les différents participants pour résoudre le problème avaient donc une validité quasi universelle, crise des réfugiés ou pas.
Moins de normes et de règles, une construction rapide mais de qualité, l’intégration urbanistique de nouveaux quartiers, la mixité sociale des nouveaux et des anciens quartiers et enfin la mise à disposition d’espaces publics – toutes ces solutions exigées par les différents participants se lisent comme le petit b.a.-ba de l’urbanisme. Il ne fait aucun doute que cela peut être mis en œuvre avec la volonté nécessaire.
Mais cette volonté nécessaire est aussi l’archaïsme de la nouvelle culture allemande de l’accueil. L’intégration est un processus long et difficile. Les personnes traumatisées rencontrent une culture qui leur est étrangère et à laquelle elles doivent s’intégrer par la force des choses. Pour cela, il faut de la patience et des égards – de part et d’autre.
Contrairement aux anciennes puissances coloniales que sont la Grande-Bretagne et la France, l’Allemagne n’a pas d’expérience séculaire avec les migrants et leur intégration. Il suffit de citer l’exemple de l’équipe nationale de football, qui n’est devenue une équipe multiculturelle que dans les années zéro. Or, c’est précisément cette équipe de football qui a remporté la Coupe du monde de football pour l’Allemagne en 2014.
Aussi banal que soit cet exemple, il est la preuve d’une intégration réussie, tout comme les noms à consonance de plus en plus étrangère dans la vie publique – que ce soit l’acteur Elyas M`Barek ou la présentatrice de télévision Dunja Hayali. La tendance est à la hausse. Les cultures étrangères enrichiront notre quotidien si nous sommes en mesure de nous y intéresser. Les récents résultats électoraux dans le Bade-Wurtemberg, la Rhénanie-Palatinat et la Saxe-Anhalt peuvent contredire cette idée, mais il n’y a pas de retour en arrière possible. Et c’est très bien ainsi !
