24.01.2026

Conception de cas

Une Néerlandaise et un Américain ont fondé le bureau Case Design à Mumbai. Anne Geenen et Samuel Barclay ont trouvé en Inde l’environnement idéal pour une pratique de l’architecture basée sur l’artisanat et la collaboration directe avec les professionnels locaux. Nous nous sommes entretenus avec Anne Geenen sur la méthode de travail du bureau.

Baumeister: Anne, depuis quand “Case Design” existe-t-il ?

Anne Geenen: Mon partenaire Samuel Barclay a créé le bureau il y a environ quatre ans, ici à Mumbai. Samuel a alors été chargé de la réalisation d’un grand campus, l’académie Avasara à Pune, et il a donc commencé à y travailler avec un autre architecte. Je les ai rejoints quelques mois plus tard. Comme le projet d’académie était assez vaste, le bureau y a consacré la majeure partie de son temps les premières années. Nous avons ensuite reçu d’autres petits projets au fil du temps. Aujourd’hui, Case Design emploie environ 14 architectes et designers et propose tous les services d’architecture : du bâtiment à l’aménagement paysager en passant par l’architecture d’intérieur et le design de mobilier.

B: Vous avez tous deux travaillé pour “Studio Mumbai”. Case Design est-il né de cette expérience professionnelle ?

AG: En fait, je n’ai travaillé que quelques mois pour Studio Mumbai. Puis j’ai entendu parler du projet de l’Académie Avasara et j’ai trouvé l’idée qui se cachait derrière si passionnante que j’ai voulu y participer. La collaboration s’est bien développée et c’est ainsi qu’avec Samuel, nous avons décidé de créer un véritable bureau d’architecture. Case Design n’a donc pas grand-chose à voir avec Studio Mumbai ; il faut toutefois reconnaître qu’il y a quelques similitudes entre notre méthode de travail et celle de Studio Mumbai.

B: Lesquelles ?

AG: Comme au Studio Mumbai, la collaboration directe avec différents professionnels joue un rôle central dans le développement de nos projets. Les artisans, les menuisiers, les charpentiers, les tailleurs de pierre et les maîtres d’ouvrage participent activement au processus de conception : ils sont impliqués dès le début. C’est de cette relation directe avec les personnes qui construiront effectivement le bâtiment que naît, selon nous, une architecture de grande qualité. En effet, ces spécialistes savent quel matériau convient le mieux à la prestation en question, ce qui est plus efficace, comment résoudre au mieux les détails – surtout ici en Inde, où les conditions-cadres sont très différentes de celles de notre “Occident”.

B: Comment se passe la gestion d’un bureau d’architecture en Inde après des études “en Occident” ?

AG: La pratique de l’architecture est bien sûr très différente. En Europe ou aux États-Unis, il faut faire beaucoup de dessins et de détails avant de commencer sur le chantier. Sur nos chantiers, la plupart des dessins sont réalisés sur place en concertation avec les artisans. Certes, tous les bureaux d’architectes en Inde ne travaillent pas ainsi, mais nous avons bénéficié de cette méthode de travail – parce que les conditions du pays le permettent – et nous pensons que cela a façonné l’essence même de notre bureau. Nous passons en effet beaucoup plus de temps sur le chantier qu’en Europe ou aux États-Unis. Pour chaque projet, un architecte permanent y travaille à plein temps.

Mais je dois dire que Samuel et moi avions déjà l’habitude d’aborder les problèmes de manière pratique dans nos pays respectifs. J’ai étudié à l’université technique de Delft, c’est pourquoi j’ai une formation plutôt technique et pratique. Samuel a obtenu son master au Southern California Institute of Architecture et a fait ses premières expériences professionnelles à Los Angeles. Dès le début, nous étions intéressés par le côté pratique de la discipline et nous avons trouvé à Mumbai l’environnement parfait pour notre méthode de travail. Je pense que dans notre travail, nous visons à combiner notre expertise avec la connaissance locale des matériaux. C’est ce qui rend notre travail spécial.

B: L’attention que vous portez aux matériaux se reflète dans vos projets. Quel rôle joue le bois, par exemple ?

AG: Nous utilisons plus souvent le bois parce qu’il correspond le mieux à nos conditions et qu’il s’intègre bien dans l’environnement. Mais ici, en Inde, le bois est un matériau précieux et coûteux. C’est pourquoi, jusqu’à présent, nous avons surtout travaillé avec du bois recyclé provenant de démolitions : souvent du teck, mais aussi du palissandre et d’autres essences. En général, en Inde, contrairement à l’Europe ou aux États-Unis, presque tout est recyclé, même dans l’industrie du bâtiment. Toutes les portes et fenêtres de l’académie Avasara proviennent par exemple de bâtiments démolis à Mumbai.

Lire la suite dans Baumeister 02/2018

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