26.12.2025

Profession

Colloque sur la restauration : De la gestion des lacunes


Frontière entre reconstruction et approche

Quelle est la part de reconstruction nécessaire, quelle est la part de lacune acceptable ? Le groupe spécialisé dans les œuvres picturales polychromes et la Custodie de l’Université de Leipzig ont organisé le 9 septembre 2016 à Leipzig un colloque pluridisciplinaire d’une journée, dont le contenu faisait suite au colloque du même nom de 2009. Un rapport de suivi.

Le point de départ a été le “projet épitaphes” de grande envergure, qui comprend depuis 2002 la restauration et la remise en place de 24 épitaphes restaurées datant du 16e au 18e siècle. Les épitaphes proviennent de l’église Saint-Paul et ont pu être sauvées en urgence peu avant le dynamitage de 1968. Depuis 2014, le montage a lieu dans le nouveau bâtiment, où elles seront bientôt à nouveau accessibles au public.

Le colloque a été organisé par les porte-parole du groupe d’experts en œuvres picturales polychromes de la VDR, Sibylle Wulff, Cornelia Saffarian et Tino Simon, ainsi que par des collaborateurs de la Custodie. Au total, une centaine de participants se sont retrouvés pour un programme serré de 15 conférences et deux visites guidées. Les 18 intervenants au total étaient non seulement issus de différentes professions, mais ils ont surtout porté un regard différent sur les œuvres (d’art).

Le premier bloc thématique était centré sur le projet d’épitaphe. Le conservateur de la collection de l’université, le professeur Rudolf Hiller von Gaertringen, a fait un rapport complet sur l’odyssée de ce trésor artistique presque perdu. Les exposés des restaurateurs Johannes Schaefer/Anke Scharrahs et Claudia Nicolaisen-Luckenbach/Sibylle Wulff ont donné un aperçu, à l’aide de nombreuses images, des défis posés par la conservation des objets en bois fortement endommagés et des tâches qui y sont liées en coulisses. La collaboration avec l’ingénieur Thomas Bolze, qui s’est occupé des questions de statique et de refixation, s’est avérée essentielle pour la réalisation de l’accrochage. Les restaurateurs de pierre Manfred Sährig et Thomas Schubert ont souligné le défi particulier du montage en présentant l’accrochage de deux épitaphes en albâtre pesant plusieurs tonnes.

Le sculpteur sur métal Thomas Leu a décrit comme thème central du colloque le procédé qu’il a développé pour compléter des éléments essentiels par une sérigraphie tramée sur des plaques d’aluminium anodisé, sur la base de photographies. Après avoir décidé individuellement de l’ampleur de l’ajout pour chaque épitaphe, les ingrédients modernes doivent en principe se distinguer non seulement visuellement, mais aussi physiquement de l’ensemble original. La discussion s’est concentrée sur la question de savoir où se situe la limite entre reconstruction et approximation, car la décision de savoir quelles parties doivent être considérées comme essentielles pour le message de l’œuvre d’art reste en fin de compte subjective.

Études de cas de différentes disciplines

Dans le deuxième bloc de conférences, des restaurateurs d’autres disciplines de l’université de Leipzig ont présenté des études de cas sur le sujet : Markus Brosig (Musée des instruments de musique) a présenté l’exemple d’une console d’orgue qui est vénérée comme une relique de Bach. Grit Friedmann, du musée des antiquités, a donné un aperçu de sa collection et de l’utilisation individuelle des objets à l’aide de techniques modernes. Et Karl-Heinrich von Stülpnagel a parlé du traitement des objets fragmentaires du Musée égyptien.

Des lacunes et des manques

Des intervenants externes ont présenté des réflexions fondamentales sur le sujet ainsi que des études de cas concrètes dans le troisième bloc. Le professeur Thomas Staemmler (FH Erfurt) a fourni la base théorique. Rüdiger Beck (Museum der Bildenden Künste Leipzig) a présenté la restauration du “Christ dans l’Olympe” de Klinger, que l’on peut à nouveau voir aujourd’hui dans un état apparemment intact, car les parties perdues ont été reconstruites avec des matériaux quasiment authentiques. Tandis qu’Isa Päffgen (Lenbachhaus à Munich) a fait part de ses réflexions sur la manière de traiter une lacune dans le portrait du danseur Alexander Sacharoff de Jawlensky, exposé depuis de nombreuses années comme faisant partie de l’œuvre, Tino Simon (HfBK Dresde) a présenté la prise de décision déjà effectuée en matière de processus de restauration avec des ajouts importants au support d’image d’un baptistère sculpté grandeur nature. Le pasteur Albrecht Henning a quant à lui démontré de manière très convaincante, à l’exemple d’un Christ conservé uniquement sous forme de torse, la force que peut déployer une lacune.

Le professeur Volker Schaible (AbK Stuttgart) a fait le point sur la question du souhait de directives claires concernant les compléments. En fin de compte, il a exprimé son respect pour ce projet complexe et a conclu l’événement par un encourageant “Plus de courage pour la lacune !

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