06.04.2025

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Blanc sur blanc : immeuble d’habitation Norm d’Alain Carle

Alain Carle : Maison d'habitation Norm, photo : ©Félix Michaud

Photo : ©Félix Michaud

Comme on le sait, il y a beaucoup de forêts au Canada. Cependant, autour de la grande ville de Montréal s’étendent comme partout ailleurs les banlieues habituelles avec des maisons préfabriquées. La maison d’habitation “Norm” s’intègre dans cet environnement avec son toit à deux pans. Mais en même temps, elle se démarque nettement de ses voisines. Blanc à l’extérieur, blanc à l’intérieur, ce bâtiment monochrome sort du lot.

La ville de Montréal se caractérise par sa situation insulaire dans le fleuve Saint-Laurent. La petite ville de Baie-D’Urfé se trouve à l’extrémité sud-ouest de la plus grande île. Elle y a été fondée au 17e siècle pour protéger les habitants des attaques venant du sud. Les premiers fermiers ont d’abord vécu sur les rives du fleuve, jusqu’à ce que la ville s’étende et que les gens s’installent plus à l’intérieur des terres. Après la Seconde Guerre mondiale, des formes de construction suburbaines typiques se sont répandues ici, des maisons préfabriquées se sont alignées sur de petites parcelles. Pour le reste, la structure de la petite ville est orientée vers la rue principale. La plupart des rues partent de celle-ci à angle droit ou sont parallèles à celle-ci et forment un quadrillage orthogonal. Les rues plus petites forment des méandres à travers cette trame et suivent la topographie mouvementée. La végétation est dense, riche et verte en été, et donne à cette agglomération suburbaine une impression de nature.

Au cœur d’une banlieue typique

C’est dans une rue sinueuse de ce type que se trouve la maison “Norm”. Dans cette situation, les bâtiments sont visibles sous différents angles et perspectives, ce qui peut évidemment perturber l’intimité des habitants. En effet, cette particularité distingue Baie-D’Urfé des banlieues nord-américaines typiques, dans lesquelles des façades de maisons dominantes bordent la trame orthogonale des rues. Ici, en revanche, l’architecte Alain Carle ne pouvait et ne voulait pas proposer une vision préfabriquée de l’habitat, mais a saisi l’opportunité de développer une maison inhabituelle à partir des qualités du lieu et de son environnement.

Une ancienne maison, rénovée et agrandie

L’histoire de la maison normalisée commence par la rénovation et l’extension d’une maison individuelle existante. Elle se trouvait sur un terrain légèrement incliné vers le sud, mais réservait malheureusement la partie la plus ensoleillée de la parcelle au garage, tandis que les pièces d’habitation s’orientaient vers le nord. Depuis la rue, on voyait d’abord la porte du garage, tandis que l’entrée de la maison était cachée. L’architecte a changé cela.

Un peu plus d’intimité

La nouvelle orientation du bâtiment et de ses espaces réagit à l’environnement. En bouleversant complètement le programme spatial, l’architecte a créé différents volumes qui s’ouvrent chacun sur des éléments particuliers de l’espace libre. De grandes fenêtres sont par exemple orientées vers un arbre, une pelouse ou vers le ciel, loin des maisons voisines. Il en résulte une atmosphère beaucoup plus privée à l’intérieur de la maison, bien qu’elle se trouve au milieu d’une banlieue densément construite.

Intérieur blanc, extérieur blanc

L’intérieur volontairement calme, la monochromie et l’homogénéité des surfaces dans la maison, contrastent avec les volumes spatiaux abstraits, orientés dans plusieurs directions, qui caractérisent le bâtiment de l’extérieur. Il en résulte à l’intérieur une sorte de paysage fluide et lumineux auquel chaque pièce est subordonnée. Il vit du jeu de la lumière et des contours forts que l’architecte a composés pour le volume. Sur les surfaces claires, aucun matériau ne s’impose, Alain Carle a ainsi répondu au souhait de ses maîtres d’ouvrage de vivre dans un environnement aménagé de manière minimale, en quelque sorte devant une sorte de fond neutre pour une vie déjà colorée.

En poursuivant l’uniformité des matériaux à l’intérieur, mais aussi sur l’enveloppe extérieure du bâtiment, l’architecte canadien crée un espace de vie contemplatif qui se nourrit de subtils changements de lumière, de verdure et de saisons qui, de l’extérieur, animent la structure simple et réduite de l’espace. La maison normalisée veut ainsi créer une nouvelle sensibilité pour la cohabitation des habitants. Elle veut en outre créer un contrepoint au monde de la consommation actuel et à sa surabondance de stimuli.

Programme de contraste : l’immeuble d’habitation berlinois de Bolles + Wilson présente une toute autre palette de couleurs.

Architecte : Alain Carle, Montréal
Chef de projet : Yann Deschesnes
Localisation : Baie-D’Urfé, Québec, Canada
Photos : Félix Michaud

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