Aussi appelé pingouin
Alexandra, ancienne lauréate de la Baumeister Academy, a quitté Rotterdam pour revenir à Sarrebruck. C’est de là qu’elle couvre désormais l’architecture en Sarre. Et comme la Sarre a longtemps été le théâtre des relations franco-allemandes, Alexandra présente des bâtiments qui reflètent ces relations. Elle commence sa série sur l’architecture franco-allemande par l’ancienne ambassade de Sarrebruck.
Après avoir vécu à Rotterdam, je suis maintenant de retour dans la “Grande Région”, au cœur de l’Europe. La notoriété de la région Sarre-Moselle est avant tout due à son délicieux vin. Mais la Sarre est aussi traversée par un réseau d’architecture qui, depuis des décennies, tisse des liens entre l’Allemagne et la France. Il en résulte un trésor rare des relations européennes. Le symbole le plus connu est sans doute l’ancienne ambassade de France.
Lorsque l’on se promène dans les villes, les bâtiments portent souvent le nom de leur maître d’ouvrage, le nom d’un noble ou encore des noms liés à leur utilisation et à une forme caractéristique.
L’ancienne ambassade de France à Sarrebruck, la capitale du Land, porte le nom de “Pingu” – /ˈpɛ̃gy’/ – une abréviation affectueuse du nom de l’architecte Georges-Henri Pingusson.
Lorsque l’on parle de “Pingu” à Sarrebruck, la plupart des gens savent de quoi il s’agit : il s’agit du rideau blanc de la ville, dont la façade sur rue est tournée vers la rivière Sarre.
Le monument, inoccupé depuis plus de cinq ans, fait continuellement la une des médias locaux. La construction génère un positionnement presque paradigmatique sur le thème de la démolition ou de la restauration. Régulièrement, le Pingu fait la une des journaux en raison des sommes importantes qui doivent être investies dans une rénovation ou une transformation. Ou alors, les quotidiens rapportent avec espoir des festivals de cinéma, des présentations de livres et des expositions d’art dans et autour de la construction. Ces manifestations culturelles font revivre le bâtiment – même sans rénovation.
La Sarre, l’Allemagne et la France
Pour comprendre le bâtiment, il faut regarder de plus près l’histoire de la Sarre. La Sarre était autrefois une partie de la France, parfois sous occupation française, puis un pays indépendant, et enfin à nouveau un Land allemand. Peu avant que la Sarre ne rejoigne la RFA, l’ambassade de France en Sarre a vu le jour. Elle a été construite par un ami et collègue de Le Corbusier : Georges-Henri Pingusson. L’ensemble des bâtiments de l’ambassade de France a été construit entre 1951 et 1954. Il devait être le premier et le seul élément d’un espace urbain entièrement nouveau de la ville de Sarrebruck à reconstruire.

