16.04.2025

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Architecture franco-allemande : L’ambassade de France


Aussi appelé pingouin

Alexandra, ancienne lauréate de la Baumeister Academy, a quitté Rotterdam pour revenir à Sarrebruck. C’est de là qu’elle couvre désormais l’architecture en Sarre. Et comme la Sarre a longtemps été le théâtre des relations franco-allemandes, Alexandra présente des bâtiments qui reflètent ces relations. Elle commence sa série sur l’architecture franco-allemande par l’ancienne ambassade de Sarrebruck.

Après avoir vécu à Rotterdam, je suis maintenant de retour dans la “Grande Région”, au cœur de l’Europe. La notoriété de la région Sarre-Moselle est avant tout due à son délicieux vin. Mais la Sarre est aussi traversée par un réseau d’architecture qui, depuis des décennies, tisse des liens entre l’Allemagne et la France. Il en résulte un trésor rare des relations européennes. Le symbole le plus connu est sans doute l’ancienne ambassade de France.

Lorsque l’on se promène dans les villes, les bâtiments portent souvent le nom de leur maître d’ouvrage, le nom d’un noble ou encore des noms liés à leur utilisation et à une forme caractéristique.
L’ancienne ambassade de France à Sarrebruck, la capitale du Land, porte le nom de “Pingu” – /ˈpɛ̃gy’/ – une abréviation affectueuse du nom de l’architecte Georges-Henri Pingusson.
Lorsque l’on parle de “Pingu” à Sarrebruck, la plupart des gens savent de quoi il s’agit : il s’agit du rideau blanc de la ville, dont la façade sur rue est tournée vers la rivière Sarre.
Le monument, inoccupé depuis plus de cinq ans, fait continuellement la une des médias locaux. La construction génère un positionnement presque paradigmatique sur le thème de la démolition ou de la restauration. Régulièrement, le Pingu fait la une des journaux en raison des sommes importantes qui doivent être investies dans une rénovation ou une transformation. Ou alors, les quotidiens rapportent avec espoir des festivals de cinéma, des présentations de livres et des expositions d’art dans et autour de la construction. Ces manifestations culturelles font revivre le bâtiment – même sans rénovation.

La Sarre, l’Allemagne et la France

Pour comprendre le bâtiment, il faut regarder de plus près l’histoire de la Sarre. La Sarre était autrefois une partie de la France, parfois sous occupation française, puis un pays indépendant, et enfin à nouveau un Land allemand. Peu avant que la Sarre ne rejoigne la RFA, l’ambassade de France en Sarre a vu le jour. Elle a été construite par un ami et collègue de Le Corbusier : Georges-Henri Pingusson. L’ensemble des bâtiments de l’ambassade de France a été construit entre 1951 et 1954. Il devait être le premier et le seul élément d’un espace urbain entièrement nouveau de la ville de Sarrebruck à reconstruire.

Le jardin donne sur la salle de réception.
Le long de l'autoroute urbaine se trouve l'ancienne ambassade, comme un rideau blanc.

L’ensemble, de style moderne, se compose d’une tour administrative, d’un bâtiment de réception avec salle et vue sur le parc, d’un bâtiment fonctionnel et de la résidence privée de l’ambassadeur. Des lignes claires, une forme angulaire marquante et des piliers en forme de pylônes confèrent au bâtiment un visage reconnaissable entre tous. Dans les années 80, l’ambassade a été classée monument historique.

La salle de réception - aujourd'hui vide - du bâtiment Pingu.

Un plan directeur pour Sarrebruck

Le plan directeur de Pingusson a été élaboré quelques années avant la construction de l’ambassade et a fait l’objet de sévères critiques. Des tranches d’immeubles avec de vastes espaces verts, qui s’étendaient axialement à travers la partie ouest de la ville, n’ont jamais été réalisées. L’ambassade est ainsi restée seule, comme un rideau urbain blanc. Dans les années 60, l’ambassade de France déménagea et le bâtiment devint le siège du ministère de la culture sarrois. Pour la France, le site sarrois perdit sa centralité et son importance. Désormais, il n’y a plus que l’ambassade de France à Berlin.

Que va-t-il advenir du bâtiment Pingusson ?

Mais on n’a jamais beaucoup investi dans le bâtiment et il y a à peine cinq ans, le ministère de la culture a déménagé dans l'”Alte Post” fraîchement rénovée. Le Pingu est resté vide. La question se pose toujours de savoir si le débat sur la démolition ou la reconstruction du Pingus serait aussi important si l’architecte n’était pas aussi renommé. Ou bien le débat aurait-il été différent si la fonction de la construction n’avait pas joué un rôle aussi important dans la relation franco-allemande ?
L’histoire engloutirait en quelques mois ce qui a été construit pendant des décennies – promesses politiques, rêves d’urbanisme, progrès architectural et identité régionale. On n’ose pas vraiment rénover le bâtiment, par peur des coûts. On a également peur de le démolir, à juste titre.
Un monument de l’architecture qui sombre de plus en plus dans l’oubli et la tristesse à cause de l’inoccupation est un miroir bizarre tendu à la société. La reconstruction du patrimoine culturel ne devrait pas être une question d’échelle, mais une question de savoir si l’histoire peut être oubliée ou non.

Toutes les photos et illustrations d’Alexandra Tishchenko.

La Baumeister Academy est un projet de stage du magazine d’architecture Baumeister et est soutenue par GRAPHISOFT et le salon BAU 2019.

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